La Constitution du 6 novembre, qui attend de produire ses effets, prévoit en son titre 19 (en chiffre romain dans le texte, donc XIX), un total de six Conseils consultatifs nationaux. Leur énumération est la suivante : le Conseil national du dialogue, le Conseil consultatif des sages et des notabilités traditionnelles, le Conseil consultatif des femmes, le Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap, le Conseil consultatif de la jeunesse, et enfin, le Conseil consultatif des Organisations non-gouvernementales et de la société civile.
On peut, à propos, parler d’un mini-cabinet dont il faudrait, le moment venu, confectionner le décor physique par l’installation de bureaux et d’équipements, après qu’en auront été désignés, nommés ou élus les animateurs.. La loi fondamentale précise, dans le dernier article consacré à ces différents conseils, qu’une « loi organique détermine l’organisation, la composition et le fonctionnement » de celui-ci. » Il est certain qu’il y aura un beau monde pour structurer l’ensemble, et les Congolais attendront beaucoup de ces innovations pour certainement mieux se parler, mieux aborder les questions qui se poseront dans les domaines de compétence des Conseils consultatifs.
Au-delà de la dénomination, la question que l’on est en droit de se poser est celle de la représentativité de ces organes. Comment seront-ils constitués ? Jusqu’où pourront-ils exercer leur compétence, et quel crédit les Congolais accorderont-ils à leurs délibérations ? Au demeurant, comme leur nom l’indique ce ne sont que des entités de consultation, qui n’ont pas voix délibérative dans les débats. Mais la question du pouvoir réel dont ces Conseils vont jouir sera peut-être intimement liée à celle de leur représentativité. Cette dernière rejoint une autre, poser ci-haut, relative à la manière dont ils seront mis en place.
À coup sûr, donc, plus cette dernière question sera abordée avec sérénité et responsabilité, plus ces organes, qui ne devront pas normalement être inféodés aux partis politiques dont le résultat sur le terrain est celui que l’on a vu depuis près de trente ans, bénéficieront alors de la crédibilité qui leur sera due. Au cas où à leur mise en place, le politique les cerne, en organise une sélection des animateurs sur des bases hasardeuses, les Conseils consultatifs nationaux contribueront à alourdir inutilement la grosse machine institutionnelle qui éructe déjà à vue d’œil.
Pour espérer y voir un peu clair, il faudrait sans doute attendre la prise de lois organiques afférentes. Elles seules permettront de savoir quelle sera l’étendue des pouvoirs du Conseil consultatif des femmes, chargé d’émettre des avis sur la condition féminine, le Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap chargé d’émettre les siens sur la condition des personnes de cette catégorie, celui de la jeunesse, celui des Ong et de la société civile, chargés chacun de sa matière. Tous, à l’instar du Conseil consultatif du dialogue déjà expérimenté dans le cadre du dialogue social institué il y a quelques années, adresseront leurs rapports au gouvernement.
Regardons enfin par quel argumentaire le législateur a défini le rôle du Conseil consultatif des sages et des notabilités traditionnelles à l’article 230 du texte fondamental : il est chargé « d’émettre des avis sur la gouvernance démocratique, culturelle et sociale de l’Etat et de faire au gouvernement des suggestions pouvant contribuer à une gestion politique solidaire ». Le problème avec les chefs traditionnels est qu’ils sont tolérants, abondamment tolérants, mais attention à ne pas abuser de leur tolérance.
Lorsque les avis que les « vieux » seront amenés à émettre ne produiront aucune suite et qu’ils se rendront compte, au bout d’un certain temps, qu’ils gaspillent leur salive pour rien, ils pourront se mettre en colère, ou variablement garder la dent dure à ceux qui les tournent en dérision. Comment se vengent-ils ? En récitant des prédictions qui peuvent nuire à la quiétude des villages, en provoquant des calamités au moment où l’on s’y attend le moins. Heureusement que le politique a appris à leur tendre grand oreille. Et que les Conseils consultatifs, les six, pourront dans une certaine mesure « traiter » leurs membres. Attention à ne pas tomber dans la routine.