Interview. Indira Nápoles Coello : « Cuba est extrêmement fière de ses relations avec l’Afrique »

Lundi 8 Juin 2026 - 12:49

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L’humanité a célébré, le 25 mai dernier, la Journée mondiale de l'Afrique. Dans une interview accordée à la presse, l’ambassadrice de Cuba au Congo, Indira Nápoles Coello, est revenue sur les relations entre son pays et le continent africain avec le slogan « Cuba en Afrique et l'Afrique à Cuba ». Elle parle également de la coopération bilatérale entre Cuba et la République du Congo.  

A quel niveau situez-vous les relations entre Cuba et l'Afrique ? Comment Cuba a-t-elle célébré la Journée mondiale de l'Afrique ?

Indira Nápoles Coello (I.N.C.) :  Les relations avec l'Afrique occupent une place très particulière pour Cuba. Ces relations se caractérisent par des qualités significatives, telles que la solidarité et la résilience, fruits des défis et des épreuves affrontés pendant des décennies. Depuis la Révolution de 1959, Cuba a assumé, comme un devoir, sa contribution résolue contre le colonialisme et le néocolonialisme, ainsi que la défense du droit à la paix et au développement. Ceci à travers la mise en œuvre effective de relations bilatérales et multilatérales pleines et entières, et le soutien aux efforts d’unité revendiqués par les voix les plus authentiques de la pensée politique émancipatrice et panafricaniste.

Le développement des relations bilatérales nouées par Cuba avec les différentes capitales africaines a également joué un rôle important. Ce processus a abouti à la présence notable de missions diplomatiques de ce continent à La Havane, à la fin du premier quart du XXIe siècle.

2026, année du centenaire de la naissance du leader suprême de la Révolution cubaine, sera l'occasion de mettre en avant la réaffirmation de l'héritage internationaliste de la politique étrangère cubaine, dont le continent africain a constitué l'épicentre et dont le point culminant s'est traduit par le processus de négociation qui a conduit à la sauvegarde de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Angola, à l'indépendance de la Namibie et au démantèlement ultérieur du régime d'apartheid en Afrique du Sud. Par ailleurs, la célébration d’un nouvel anniversaire de la Journée de l’Afrique offre l’occasion d’honorer les héros africains et les internationalistes cubains, en particulier ceux qui ont donné leur vie pour défendre des causes justes.

Comment les nouvelles générations de dirigeants peuvent-elles préserver la solidarité qui a toujours existé entre Cuba, la République du Congo et l’Afrique ?

I.N.C. : Depuis de nombreuses années, Cuba est considérée comme la grande amie de l’Afrique. Elle a fait des sacrifices et a apporté sa contribution à l’indépendance du continent, en envoyant des combattants pour lutter contre les forces impérialistes et leurs alliés. Cuba est extrêmement fière de ses relations avec l’Afrique. Je tiens à souligner que les visites en République du Congo en 2025 du Premier ministre et du vice-ministre des Forces armées révolutionnaires, ainsi que les missions à Cuba du ministre congolais de la Coopération internationale et de la Promotion du partenariat public-privé, et du chef d'état-major des Forces armées congolaises, témoignent de nos excellentes relations bilatérales historiques.

Il est important de continuer à développer les relations diplomatiques entre nos deux nations, sans oublier l'histoire, en la transmettant toujours aux nouvelles générations, en rendant hommage à l'héritage des dirigeants historiques qui ont permis d'en arriver là, en maintenant les liens de coopération et en recherchant de nouveaux domaines d'échange au profit de nos peuples.

La République du Congo et l'Afrique peuvent-elles tirer, selon vous, parti de leur histoire commune de lutte pour renforcer leur présence sur la scène internationale ?

I.N.C. : Cuba et la République du Congo entretiennent depuis plus de 60 ans des relations diplomatiques et de fraternité historique très solides. Cette alliance repose sur un lien culturel profond, une solidarité politique et une large coopération bilatérale. L'histoire des deux pays nous rappelle que, même dans les moments les plus difficiles, la solidarité et la fraternité peuvent s'épanouir et devenir un héritage durable. Ce sont ces sentiments qui ont renforcé la visite officielle effectuée par notre Premier ministre, Manuel Marrero Cruz, en 2025.

La présence du commandant Ernesto Che Guevara dans ce pays frère dans les années 1960 a également été déterminante, marquant le début de la contribution cubaine aux mouvements révolutionnaires africains. La présence du « Guerrillero Heroico » n’était pas seulement un acte de soutien militaire, mais aussi un geste d’identification profonde à la lutte pour l’indépendance des peuples opprimés. Le choix de Brazzaville, capitale de la République du Congo, comme siège de cinq des treize cycles de négociations qui ont conduit à la signature du Protocole définissant les termes de la paix en Angola, l’indépendance de la Namibie et qui a porté un coup définitif au régime de l’apartheid, revêt une importance particulière. Au fil des ans, Cuba a maintenu un engagement constant, sincère, solide et renouvelé envers cette nation sœur, qui transcende les frontières géographiques et culturelles.

Ainsi, des médecins, des éducateurs et des techniciens cubains ont travaillé et coopéré ici, contribuant au développement social et humain. Ces liens peuvent être qualifiés de multiples façons. On les qualifie de relations riches, historiques, fraternelles, unies par des liens étroits de sang, d’histoire, de culture, d’amitié et de solidarité durables.

Quel rôle joue Cuba en faveur de la solidarité et de la résilience au Congo ?

I.N.C. : Plus de dix mille kilomètres séparent Cuba de la République du Congo. Le fait d'être venu jusqu'ici montre bien que les distances géographiques ne sont pas un obstacle pour rapprocher deux peuples unis par des causes communes dans la lutte pour la paix, l'indépendance et le développement. C'est un pays de frères, d'amis, où l'on peut identifier de nouvelles possibilités de coopération, approfondir et diversifier les liens qui existent entre nos deux pays, principalement dans le domaine de la formation des ressources humaines. En effet, Cuba a formé plus de 3 000 professionnels de la santé et des filières techniques du continent africain, et depuis plusieurs années, elle assure une présence constante, principalement par l’intermédiaire du ministère de la Santé publique, dans la prise en charge médicale de la population congolaise, aux côtés de professionnels congolais formés dans notre pays.

Les Cubains présents au Congo ne viennent pas seulement pour offrir des services de santé, ils viennent aussi pour s'inspirer de la résilience, de la solidarité et de la capacité de résistance d'un peuple frère. Ils viennent s'imprégner de l'essence de nos racines culturelles et d'une fraternité qui perdure et s'est toujours maintenue. Les échanges de délégations politiques ont renforcé les liens bilatéraux avec une nation qui soutient inconditionnellement Cuba. Nous nous souvenons, par exemple, des visites du président Denis Sassou N’Guesso, à trois reprises dans notre pays, la dernière lors de l’hommage posthume rendu au Commandant en chef, à Santiago de Cuba, où il a qualifié Fidel de l’une des figures les plus importantes du XXe siècle. Le symbole de Fidel restera à jamais, je crois que c’est là le principal enseignement qu’il nous laisse.

Et pour conclure ?

I.N.C. : Nous entretenons des relations positives avec tous les pays d’Afrique et comptons trente-quatre ambassades dans la région et à Cuba. C’est pourquoi la Journée de l’Afrique occupe une place particulière pour nous.

Les Dépêches de Brazzaville

Légendes et crédits photo : 

L'ambassadrice de Cuba en République du Congo, Indira Nápoles Coello /DR

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