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La guerre de l'eau?

Samedi 10 Avril 2021 - 18:57

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Ou plutôt de l’électricité ? Les jours passent et se ressemblent dans le bras de fer qui oppose depuis longtemps l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudan autour du « barrage de la renaissance », érigé sur le Nil par le premier pays cité, contre l’avis de ses deux voisins. Les dernières retrouvailles organisées à Kinshasa, en République démocratique du Congo, sous l’égide du président en exercice de l’Union africaine, Félix Tshisekedi (du 4 au 6 avril), entre les émissaires dépêchés par Addis-Abeba, le Caire et Khartoum l’ont montré une fois de plus : le bout du tunnel n’est pas pour bientôt entre les trois parties.

Alors, en effet, que pour l’Ethiopie l’imposant ouvrage sur le Nil relève de sa souveraineté et représente une garantie pour son développement, le discours des dirigeants des deux autres pays est tout aussi catégorique. Pour rien au monde, ils ne permettront d’être privés de la moindre larme d’eau de ce fleuve qui leur assure l’essentiel de leurs besoins vitaux depuis la nuit des temps. Au-delà des données techniques qui renvoient globalement au volume des eaux générées par ce fleuve et leur partage par les pays qu’il arrose, ce sont les déclarations entendues il y a quelques jours qui rappellent une menace certaine pour la région.

« Si chez l’hippopotame il est interdit de puiser de l’eau, chez l’éléphant récolter un fagot de bois est prohibé ». La sagesse africaine dépeint ainsi la guerre des nerfs entre des interlocuteurs qui se défient mutuellement. Va-t-on droit vers un conflit majeur entre les trois pays ? Les guerres étant toujours annoncées par des signes avant-coureurs, parmi lesquels les déclarations choc, la teneur des propos lâchés par les dirigeants des pays mentionnés plus haut en disent long sur leurs intentions profondes :

« Personne ne peut se permettre de prendre une goutte d'eau de l'Egypte, sinon la région connaîtra une instabilité inimaginable". Ainsi s’exprimait il y a quelque temps le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, qui invoquait par-dessus-tout l’hypothèse d’un règlement par d’autres moyens du conflit du barrage avec son voisin : « Personne ne doit s'imaginer qu'il est loin de la portée de l'Egypte ». Des experts ont estimé que le chef de l’Etat égyptien faisait allusion à l’option militaire.

De son côté, la ministre soudanaise des Affaires étrangères, Mariam Al Mansoura Elsadig Almahdi, qui représentait son pays à la rencontre de Kinshasa estimait que par ce barrage l’Éthiopie « menace les peuples du bassin du Nil, et le Soudan directement ». Un peu acculés, mais déterminés à mener leur projet jusqu’à son terme, les Ethiopiens tentent d’apaiser leurs protagonistes : « Ce que je veux est que nos frères comprennent que nous ne voulons pas vivre dans les ténèbres. Nous avons besoin d’une ampoule », se prosternait il y a peu le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed.

Pour beaucoup, les discussions de Kinshasa entre les trois pays ont échoué dans un moment assez particulier, alors que l’Ethiopie promet de respecter l’échéance de juillet prochain, date à laquelle le pays procédera au remplissage du deuxième réservoir du barrage après que le premier l’ait été en août 2020. Pour le temps qui reste, l’espoir réside dans la convocation d’autres rounds de discussions avec la bénédiction de la communauté internationale et africaine. Quand bien même, l’Union européenne, les Nations unies, les Etats-Unis, et on vient de le voir, l’Union africaine, ne semblent pas se faire entendre de leurs interlocuteurs éthiopiens, égyptiens et soudanais.

Espérons que les dieux du dialogue visiteront Addis-Abeba, le Caire et Khartoum dans les semaines qui viennent pour prévenir l’imminente guerre de l’eau et de l’électricité.

Gankama N'Siah

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