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Samedi 29 Mai 2021 - 17:15

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Question de génération ? Volonté de transparence portée par l’humilité ? Les deux dimensions de l’observation de la démarche du chef de l’Etat français se recoupent. Emmanuel Macron a, en effet, donné la preuve de son courage politique, le 27 mai, à Kigali, lors de son voyage éclair dans la capitale rwandaise. Avant lui, aucune autre plus haute autorité française n’avait osé avancer sur ce terrain avec les mêmes arguments et rendre aux victimes du génocide rwandais un hommage aussi appuyé : « … Je viens reconnaître l’ampleur de nos responsabilités… », a-t-il soutenu lors de son intervention.

En 1994, une tragédie épouvantable survenue au pays des Mille collines faucha des milliers d’âmes innocentes pour le nom qu’elles portaient, pour le quartier qu’elles habitaient et pour la langue maternelle qu’elles parlaient. Des témoins étaient nombreux, parmi lesquels ceux dotés d’importants moyens de dissuasion. Ils ne se hâtèrent guère sur l’option de la protection collective. Bien plus tard seulement, ils se rendirent compte que leurs silences finiraient par en faire des complices notoires aux yeux des rescapés des épouvantes.

Ce 27 mai 2021, il n’y avait pas meilleure manière de demander à être pardonné de ses fautes ou omissions sur cet événement lourd de pesanteurs que fût le génocide rwandais. Pour l’Etat français dont le parti pris en faveur de l’un des protagonistes du conflit, notamment le gouvernement en place à Kigali à l’époque, a été maintes fois exposé, c’est une infinie délivrance que cette démarche de son président actuel.

Par cet acte de bravoure, Emmanuel Macron a délivré non seulement les proches des victimes du sentiment de répugnance à leur égard que construisaient depuis près de trois décennies les dénégations intenables des officiels français, mais aussi une relation bilatérale affectée par les accusations et contraccusations entre Paris et Kigali. La césure a été si profonde entre la France et le Rwanda qu’elle a entraîné l’abandon par ce dernier pays du français comme langue officielle en lieu et place de l’anglais.

Plus frappant encore, le président français a trouvé les mots pour ne pas susciter de réactions hostiles à son message. Au contraire, ses hôtes rwandais, à commencer par le président Paul Kagame, lui-même, se sont félicités de la hauteur de vue de leur illustre visiteur. Les autres responsables chargés des questions de mémoire ont aussi approuvé le propos d’Emmanuel Macron. Il est probable que les deux pays se redécouvrent une passion de travailler à leur avenir commun, dans le respect des intérêts de l’un et l’autre.

La quasi-lune de miel qui s’annonce avait toutefois été précédée par des gestes encourageants. La désignation en octobre 2018 de Louise Mushikiwabo, l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, était perçue en son temps comme un appel du pied de Paris en direction de Kigali pour dépasser les émotions.

Chacun son style, Emmanuel Macron et Paul Kagame ont mené la barque de ce retour au calme avec subtilité. Ils peuvent se réjouir de l’aboutissement de cette passionnante recherche de paix. Après tant de dégâts, de temps perdu aussi, moyennant suffisamment d’humilité de part et d’autre, le courant d’air frais qui souffle désormais entre eux permettra sans doute à la France et au Rwanda de donner une impulsion nouvelle à leur relation.  

Gankama N'Siah

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