Afrique centrale : l'offensive religieuse de Moscou

Mardi 31 Mars 2026 - 10:52

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De cinq à 350 paroisses en trois ans : derrière l’expansion fulgurante de l’exarchat africain du Patriarcat de Moscou, une stratégie d’influence globale pilotée en arrière-plan par le Kremlin.

Entre 2022 et 2025, l’exarchat africain revendique une croissance spectaculaire : de cinq à plus de 350 paroisses dans trente-quatre pays. Cette expansion, sans précédent pour une Église historiquement peu implantée en Afrique, révèle une mutation stratégique où le religieux devient un vecteur d’influence géopolitique, notamment en Afrique centrale, région clé pour les rivalités entre puissances. Officiellement, Moscou invoque une réponse aux « demandes locales de protection spirituelle ». En réalité, cette progression s’inscrit dans une logique d’extension d’influence post-coloniale, ciblant des États fragiles comme la République centrafricaine ou la République démocratique du Congo, où les institutions religieuses jouent un rôle social structurant. « L’Église accompagne la souveraineté », déclarait en 2024 un représentant du patriarcat, suggérant une articulation assumée entre foi et politique.

Sur le plan géoconfessionnel, l’offensive russe exploite les fractures au sein des Églises africaines, notamment après la reconnaissance de l’Église orthodoxe d’Ukraine, contestée par Moscou. Des clercs africains, en rupture avec leurs hiérarchies traditionnelles, rejoignent ainsi l’exarchat russe, attirés par un discours conservateur, anti-occidental et par des soutiens financiers. Car l’enjeu est aussi géoéconomique. Selon plusieurs observateurs, les nouvelles paroisses bénéficient de financements indirects liés à des réseaux russes déjà présents dans les secteurs miniers et sécuritaires. Cette convergence rappelle les méthodes hybrides de projection de puissance : sécurité privée, investissements, et désormais soft power religieux. L’Afrique centrale constitue un laboratoire stratégique. En République centrafricaine, la présence russe (Militaire, économique et religieuse) forme un triptyque cohérent. L’Église orthodoxe y organise des actions sociales ciblant particulièrement la jeunesse : écoles, aide alimentaire, programmes culturels. Objectif : capter une génération en quête de repères et souvent désillusionnée par les modèles occidentaux.

Face à cela, l’Occident apparaît en retrait. Les anciennes puissances coloniales et les institutions européennes peinent à rivaliser avec une approche perçue comme moins conditionnelle et plus respectueuse des identités locales. « Moscou ne donne pas de leçons, il offre des alternatives », résume un analyste africain. Cette compétition géoculturelle redessine les équilibres. L’influence ne passe plus seulement par les armes ou les investissements, mais par les imaginaires, les valeurs et les croyances. En Afrique centrale, où la religion structure le quotidien, cette dimension devient décisive. L’expansion de l’exarchat africain n’est donc pas un simple phénomène religieux : elle incarne une offensive multidimensionnelle. À travers autels et paroisses, c’est une nouvelle cartographie du pouvoir qui se dessine, où la foi devient instrument stratégique au cœur des rivalités globales.

Noël Ndong

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