Allocution du président de la République, Denis Sassou N'Guesso, à l'occasion de la célébration de la Journée de l'AfriqueMardi 26 Mai 2026 - 13:15
Je voudrais adresser mes sincères remerciements aux chefs d’Etat et de gouvernement qui, malgré les contraintes de calendrier, ont bien voulu honorer de leur présence cette cérémonie dédiée à la célébration de la Journée de l’Afrique, ce 25 mai 2026. En exprimant ma profonde gratitude aux délégations et personnalités ici présentes, je souhaite à tous une fraternelle bienvenue et un agréable séjour en République du Congo. C’est avec honneur et déférence que je prends la parole, ce jour, à l’occasion de la célébration de la Journée de l’Afrique, ce 25 mai 2026, date pétrie d’histoire et marquant le 63e anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine, devenue Union africaine le 9 juillet 2002 à Durban, en Afrique du Sud. Cet événement majeur coïncide avec le démarrage ce matin, ici à Brazzaville, des 61es Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), couplées à la 52e Assemblée du Fonds africain de développement. Nous magnifions aujourd’hui les idéaux d’unité et solidarité, de souveraineté et intégrité, de justice sociale et développement portés par l’Union africaine et qui rejoignent les valeurs d’excellence, d’esprit d’équipe, d’intégrité, de professionnalisme et de transparence incarnées par la BAD. La Journée de l’Afrique, célébrée le 25 mai de chaque année, consacre le couronnement des combats menés par les Pères des indépendances africaines qui ont élevé, au prix de leur sang ou au péril de leur vie, le don de soi pour l’Afrique, à jamais gravé sur le marbre de la mémoire continentale. Aussi, pouvons-nous dire, avec fierté et reconnaissance, que c’est leur jour aujourd’hui. La célébration de la Journée de l’Afrique sublime l’immortalité de leur destin parfois imbibé du sang du sacrifice de leur vie. Les grands hommes ne meurent jamais. Au trône de la gloire, héros éternels, ils le resteront toujours. Le disant, avec grande émotion, je pense à :
Grâce à l’engagement remarquable de ses fils, l’Afrique, bien que bafouée par des siècles d’esclavage suivis de longues décennies de colonisation, a su se relever progressivement. Elle fait face, avec foi et courage, aux manques et autres défis récurrents. En cela, je rends un vibrant hommage à ces valeureux combattants de la liberté et de l’émancipation africaine, notamment :
A l’évidence, notre propos ne peut être exhaustif et, de ce fait, permettez-moi d’associer à cette évocation, ceux des vaillants fils d’Afrique qui, tombés avec honneur et dignité sur la voie de la libération du continent, n’ont pas été cités. De même, disons que la lutte pour la libération de l’Afrique fut aussi portée par d’éminentes et courageuses femmes, vectrices du message de liberté, de justice, de fraternité et de prospérité à travers le monde, à l’image de :
Il n’y a pas de grands effets sans grandes causes, ni d’exploits extraordinaires sans un cœur hors du commun. Un cœur grand ne peut engendrer que des géants. Il enfante des desseins à sa mesure. Ce sont nos héros qui se sont sacrifiés pour le continent. Se sacrifier pour l’Afrique, il fallait avoir un grand cœur. C’est ce qu’on appelle un dessein à sa mesure. C’est Pline L’Ancien, un écrivain et naturaliste romain du 1er siècle qui s’interrogeait : « Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? », tout simplement parce qu’à l’époque, l’on rapportait qu’en Afrique les bêtes sauvages s’accouplaient entre elles, y compris entre races différentes en donnant naissance à des monstres. Pour bon nombre de personnes, l’Afrique était la mère de nouveautés étranges et monstrueuses. Pline L’Ancien, qui a pourtant vécu à Rome, n’ignorait pas l’existence de prestigieuses civilisations africaines, notamment celle des pharaons en Egypte. Il ne pouvait pas méconnaître que l’alliance stratégique de Jules César avec Cléopâtre, destinée à consolider le trône de la reine et à placer l’Egypte sous la protection de Rome, s’est alignée sur une civilisation millénaire qui, du haut de ses imposantes pyramides, observait et pouvait décrire une bonne partie de l’histoire de l’humanité. Il ne pouvait non plus se douter que la ville de Carthage, plateforme stratégique de renom qui, sous la conduite du général Hannibal, a mis à mal l’empire romain au cours de trois guerres, entre 264 et 146 avant Jésus-Christ, était en Afrique. Plus près de nous, au 13e siècle, l’empereur du Mali, Mansa Moussa, possédait une fortune colossale, bien loin d’une « Afrique des pauvretés » évoquée par les détracteurs du continent. En questionnant le cours de l’histoire, la science a fini par donner des réponses tangibles aux adeptes du négationnisme des civilisations africaines. La découverte de fossiles d’homo sapiens au Maroc, la localisation de Toumaï au Tchad comme ancêtre le plus ancien de la lignée humaine sur la planète, le décèlement des squelettes les plus âgés dans la vallée du RIFT (Ethiopie, Kenya, Tanzanie) témoignent de la primauté de l’homme africain et de sa civilisation, s’agissant des origines du genre humain. Parce que l’homme tire ses origines du continent africain, comme le confirment de nombreux archéologues de renommée mondiale, daignons clamer, avec fierté, que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Il reste que, sur ces questions, les arguments ne manquent pas pour le débat. Mais, confortée par des connaissances scientifiques pertinentes et irréfutables, la reconnaissance universelle des évolutions inhérentes à la genèse de l’humanité confère à l’Afrique une importante dimension de pionnière, en termes de responsabilité face aux défis du développement. Un célèbre paysagiste avait vu en l’Afrique la forme d’une clé, instrument habituellement utilisé pour ouvrir les serrures. Si l’on transpose cette image au prisme d’évolution de l’économie mondiale, notre continent apparaît comme le creuset de la prospérité des Etats et du bien-être des peuples. Dès lors, « Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? ». A n’en point douter, l’Afrique sera la clé incontestable pour ouvrir la porte du futur de l’humanité, au moment où les défis climatiques deviennent de plus en plus une réalité préoccupante pour la survie de l’espèce humaine. «Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? ». En toute objectivité, avec plus de 600 millions d’hectares de forêts, l’Afrique demeure le deuxième poumon vert de l’humanité par son immense couvert végétal, objet des enjeux écologiques actuels, en lien avec la survie de la planète. Dans ce registre, permettez-moi de souligner la nécessité de préparer minutieusement la mise en œuvre de la « Décennie 2027–2036 des Nations unies pour le boisement et le reboisement », adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU à l’initiative de mon pays, la République du Congo. J’en appelle, une fois de plus, à la mobilisation sans atermoiements de la communauté internationale pour une application efficace de cette résolution. « Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? ». Cette Journée africaine 2026 est célébrée sur le thème : « Garantir une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». En connaissance de cause, l’Afrique abrite d’importants réservoirs d’eau douce grâce à son considérable potentiel hydrographique alimenté, entre autres, par le fleuve Congo, le Nil, le Zambèze, la Volta. En outre, l’on note qu’en Afrique les zones équatoriales et tropicales bénéficient d’une forte pluviométrie. « Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? ». L’Afrique comptera, à l’horizon 2050, deux milliards cinq cent millions d’habitants, majoritairement jeunes, bras valides pour la mise en valeur de ses ressources encore peu exploitées, voire intactes dans différents secteurs comme les forêts, les mines, les hydrocarbures, l’énergie. « Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? ». Il nous faut persévérer sur la voie de l’effort pour donner un contenu à la Zone de libre-échange continentale africaine -Zlécaf en sigle-, qui procède du panafricanisme économique, panafricanisme de développement au bénéfice du commerce intra-africain, de l’avènement d’un marché unique et intégré de biens et de services sur l’ensemble du continent, de la facilitation plus grande de la libre circulation des personnes et des biens. Aujourd’hui, le monde se recompose et l’Afrique ne peut aller au développement sans infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires, maritimes et énergétiques. S’agissant de l’énergie, près de 600 millions d’africains n’ont actuellement pas accès à l’électricité, ce qui représente environ la moitié de la population du continent. Pour combler ce déficit, le Groupe de la Banque mondiale et le Groupe de la Banque africaine de développement se sont lancés dans une mission visant à fournir l’électricité à 300 millions de personnes sur le continent d’ici 2030. Sous le nom de Mission 300, cette initiative historique combine une augmentation des investissements dans les infrastructures et des réformes globales dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en électricité. Elle permettra non seulement de transformer le quotidien des populations et des entreprises, d'alimenter en électricité les hôpitaux et les écoles, mais aussi de créer des opportunités d’emploi et de favoriser les investissements et le commerce. Cette initiative est désormais sous-tendue par la Déclaration de Dar es Salam sur l’énergie, adoptée le 28 janvier 2025. Du fait de leurs coûts particulièrement onéreux, aucun Etat ne peut, indistinctement de ses potentialités, s’engager, tout seul, dans la construction des infrastructures de développement, en comptant uniquement sur ses propres moyens. Il s’agit, pour l’Afrique, de ne pas courir sur les sentiers battus des égoïsmes et des nationalismes étroits pour aller se réfugier sous des abris quelconques. Il s’agit, pour l’Afrique, de se solidariser, de parler d’une seule et même voix et de consolider les équilibres à travers des grands ensembles sous régionaux et des communautés économiques régionales de développement. Chaque fois qu’ils se sont mis ensemble, les pays africains ont été capables de grandes victoires, notamment de négocier des partenariats stratégiques, de mobiliser des financements adéquats, d’accélérer leur marche vers le développement.
Le combat pour la liberté est indissociable du combat pour la paix. Permettez-moi de renouveler mon engagement en faveur de la cause libyenne pour laquelle mes pairs m’ont confié, depuis 2016, le mandat de conduire le Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye. Je voudrais aussi rappeler les autres crises récurrentes au Sahel, au Soudan, au Soudan du Sud et à l’Est de la République démocratique du Congo. Les générations d’hier nous ont légué l’Organisation de l’Unité africaine, désormais Union africaine. Les exigences d’aujourd’hui sont essentiellement centrées sur le développement. Le plus long voyage commence par le premier pas. En ce qui nous concerne et en lien avec :
Je saisis cette occasion solennelle pour annoncer, ce jour, qu’à partir du 1er Janvier 2027, l’entrée en République du Congo ne sera plus soumise au visa pour tous les peuples africains, moyennant quelques dispositions administratives et sécuritaires minimales. La République du Congo, dans l’accélération de sa marche vers le développement, continuera d’apporter sa contribution à l’édification d’une Afrique résolument engagée et déterminée sur la voie de l’unité et de la prospérité.
Je vous remercie. Les Dépêches de Brazzaville Légendes et crédits photo :Le président Denis Sassou N'Guesso prononçant son discours Notification:Non |


Monsieur le président de la République gabonaise, cher frère ;








