SADC : l’immigration révèle des fractures d’une Afrique australe en quête d’unitéJeudi 20 Août 2026 - 9:36 Le sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), réuni à Durban, en Afrique du Sud, aura eu le mérite de mettre à nu une contradiction majeure : l’Afrique australe veut accélérer son intégration tout en laissant prospérer des réflexes nationaux qui fragilisent cette ambition.
L’immigration, devenue un sujet explosif en Afrique du Sud, s’est imposée au cœur des discussions entre les dirigeants de la région. Ce pays assume désormais officiellement la présidence de la SADC pour un an, après l’avoir exercée par intérim depuis la fin de 2025. Quinze États ont participé au sommet, les Comores étant absentes en raison d’arriérés de cotisations. Ce détail financier, apparemment secondaire, révèle pourtant une réalité plus profonde : une organisation régionale ne peut être véritablement puissante si ses membres peinent à financer collectivement leur propre institution. À Durban, Cyril Ramaphosa a reconnu devant ses homologues la complexité de la question migratoire. Zimbabwe, Mozambique, Malawi, République démocratique du Congo et d’autres pays ont directement subi les conséquences des tensions Sud-africaines, leurs ressortissants ayant été pris pour cible lors de mobilisations contre les étrangers et, dans certains cas, rapatriés massivement. Le président Sud-africain a exprimé ses regrets. Mais le problème ne peut être réduit à une succession d’incidents. La migration est devenue le symptôme d’un malaise économique et social beaucoup plus large. Objectif de la SADC, faciliter la circulation des personnes et des biens Lorsque la population accuse les étrangers de prendre les emplois, d’occuper les logements ou de monopoliser certaines activités commerciales, c’est souvent aussi l’échec des politiques publiques nationales qui se trouve indirectement mis en accusation. L’Afrique du Sud concentre une économie considérablement plus développée que celle de nombreux voisins. Cette asymétrie nourrit naturellement les flux migratoires. Mais elle crée également des ressentiments chez une partie de la population Sud-africaine confrontée au chômage, aux inégalités et à la précarité. Le paradoxe est saisissant. La SADC veut faciliter la circulation des personnes et des marchandises, développer les corridors régionaux et mettre en place un visa touristique commun, tout en faisant face à une montée des discours anti-immigration. L’accord approuvé à Durban sur le futur visa touristique commun constitue pourtant une avancée importante. S’il est effectivement signé et appliqué par tous les États membres, il pourrait favoriser le tourisme, les échanges économiques et la connaissance mutuelle des populations. Mais la libre circulation ne peut fonctionner à sens unique. On ne peut pas demander aux citoyens africains de croire à l’intégration régionale lorsque leurs compatriotes sont humiliés, expulsés ou traités comme une menace dans les pays voisins. L’autre controverse concerne désormais le coût des rapatriements. Pretoria estime à près de 300 millions de rands, soit environ 16 millions d’euros, les dépenses liées aux opérations récentes. Le gouvernement Sud-africain souhaite que certains pays d’origine remboursent une partie de ces frais. Construire une véritable politique migratoire régionale Cette demande ouvre un dangereux précédent politique. Si la responsabilité financière des États d’origine peut être discutée lorsqu’un rapatriement est organisé, elle ne saurait exonérer les États d’accueil de leur obligation de protéger les ressortissants étrangers et de prévenir les violences xénophobes. La SADC doit donc dépasser la simple gestion des crises. Elle doit construire une véritable politique migratoire régionale : statistiques communes, mécanismes de protection des travailleurs migrants, coopération policière, reconnaissance des qualifications, lutte contre les réseaux criminels et surtout développement des zones frontalières. Car les migrations ne disparaîtront pas. Elles doivent être organisées, sécurisées et transformées en levier d’intégration. La question congolaise et la situation à Madagascar figurent également dans les conclusions du sommet. Mais le véritable test pour la SADC sera sa capacité à transformer les tensions actuelles en politiques communes. L’Afrique australe possède les corridors, les marchés, les ressources humaines et les complémentarités économiques nécessaires pour devenir l’un des pôles les plus intégrés du continent. Encore faut-il que ses dirigeants comprennent une évidence : l’intégration africaine ne commence pas avec les grands discours. Elle commence par la manière dont un Africain est traité lorsqu’il franchit une frontière africaine. Noël Ndong Notification:Non |











