Choléra : l’Afrique toujours dépendante de l'aide d'urgence

Jeudi 20 Août 2026 - 23:20

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L’aide européenne est la bienvenue, mais le véritable scandale est ailleurs : pourquoi des États africains disposant de ressources financières, médicales et humaines considérables continuent-ils de dépendre de financements d’urgence pour combattre une maladie évitable ?

L’Union européenne annonce 2,3 millions d’euros pour soutenir le Nigeria, le Cameroun, la République centrafricaine et le Tchad face aux flambées de choléra. Le geste est utile. Il permettra d’acheter des médicaments, de renforcer les équipes d’intervention, d'améliorer l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux moyens de réhydratation. Mais cette annonce devrait surtout provoquer une autre question : pourquoi, plus de six décennies après les indépendances, l’Afrique doit-elle encore attendre l’aide extérieure pour combattre une maladie dont les principaux facteurs de propagation sont parfaitement connus ? Le problème n’est évidemment pas l’aide européenne. Elle sauve des vies. Le problème est la dépendance structurelle à l’aide d’urgence. Avec 1,5 million d’euros pour le Nigeria, 500 000 euros pour la Centrafrique, 200 000 euros pour le Tchad et 100 000 euros pour le Cameroun, l’enveloppe européenne est dérisoire au regard de l’ampleur des besoins et des budgets nationaux concernés. Elle ne peut être qu'un accélérateur ponctuel, certainement pas une stratégie sanitaire durable.

L’Afrique possède pourtant les moyens

Le continent dispose de médecins, d’infirmiers, d’épidémiologistes, de laboratoires, d’universités, de centres de recherche, de personnels communautaires et d’organisations sanitaires capables d’intervenir rapidement. Il possède également des institutions régionales : Africa CDC, OMS Afrique, Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, Union africaine, ainsi que des ministères de la Santé capables de coordonner des réponses transfrontalières. Le véritable déficit se situe souvent ailleurs : dans la prévention, la gouvernance, la coordination et la priorité accordée à l’eau et à l’assainissement. Le choléra n’est pas une fatalité africaine. Il prospère lorsque des personnes consomment une eau contaminée, lorsque les systèmes d'évacuation des eaux usées sont insuffisants, lorsque les déchets s’accumulent et lorsque les systèmes de surveillance épidémiologique réagissent trop tard. Or investir dans l’eau potable, les réseaux d’assainissement, les stations de traitement, les latrines, la surveillance épidémiologique et la vaccination ciblée revient précisément à prévenir les épidémies plutôt qu’à financer leur gestion une fois déclenchées.

Le paradoxe des États africains

La question est donc politique. Combien les États africains consacrent-ils réellement à la prévention des maladies hydriques ? Combien investissent-ils dans leurs laboratoires, leurs systèmes d’alerte, leurs chaînes du froid, leurs infrastructures sanitaires rurales et leurs réseaux d’eau ? Il serait également temps de regarder du côté des budgets militaires, des dépenses administratives improductives, des exonérations fiscales, des marchés publics surévalués et des pertes financières liées à la mauvaise gouvernance. Un État qui trouve des milliards pour certaines dépenses peut trouver quelques centaines de millions pour garantir de l’eau potable à sa population. La véritable souveraineté ne se mesure pas uniquement à la capacité de défendre un territoire ou de financer une armée. Elle se mesure aussi à la capacité de protéger ses citoyens contre une maladie évitable.

Passer de l’aide d’urgence à la souveraineté sanitaire

L’aide européenne doit donc être reçue avec gratitude, mais aussi avec lucidité. Les 2,3 millions d’euros peuvent acheter des médicaments et sauver des vies aujourd’hui. Ils ne construiront pas les réseaux d’eau de demain. L’Afrique doit désormais transformer chaque épidémie en leçon de gouvernance : mutualiser ses capacités médicales, produire davantage de médicaments et de vaccins, renforcer les laboratoires, créer des stocks régionaux d’urgence et surtout investir massivement dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène. Le choléra devrait être traité comme un problème d’infrastructures autant que de santé publique. Car le véritable scandale n’est pas que l’Europe donne 2,3 millions d’euros. C’est qu’en 2026, l’Afrique possède suffisamment de médecins, d’ingénieurs, de chercheurs, de ressources et de budgets pour ne plus avoir besoin d’attendre un don étranger avant de sauver sa propre population d’une maladie évitable.

Noël Ndong

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