Minerais critiques : Trump mise 500 millions sur l’Afrique

Dimanche 23 Août 2026 - 18:02

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 106%

Version imprimable

Face à la Chine, Washington sécurise ses approvisionnements. À l’Afrique désormais de transformer sa richesse minière en puissance industrielle.

La bataille mondiale pour les minerais critiques franchit une nouvelle étape. L’administration Trump a lancé, le 23 juillet, un programme de 500 millions de dollars destiné à soutenir des projets liés aux minerais stratégiques en Afrique subsaharienne. Exploration, transformation, raffinage, infrastructures, données géologiques et capacités locales sont au cœur du dispositif. Washington prévoit jusqu’à dix accords de coopération ou subventions, avec des financements compris entre 5 et 50 millions de dollars par projet. Derrière cette enveloppe se trouve une ambition beaucoup plus vaste : diversifier les approvisionnements américains et accroître la présence des entreprises américaines dans les chaînes de valeur minières africaines.

Washington veut rattraper la Chine

Cette offensive répond à une réalité géoéconomique : la Chine dispose d’une position dominante dans la transformation et le raffinage de plusieurs minerais stratégiques, après des années d’investissements dans les mines et les infrastructures africaines. Pour Washington, les minerais critiques sont désormais une question de sécurité économique et stratégique. Ils sont indispensables aux batteries électriques, aux semi-conducteurs, aux énergies renouvelables, aux technologies numériques et aux équipements de défense. Le programme américain marque également une évolution de la relation avec l’Afrique : moins d’aide, davantage de commerce, d’investissement et de partenariats privés. L’objectif est de créer des conditions permettant aux entreprises américaines de sécuriser leurs approvisionnements tout en développant de nouvelles opportunités économiques.

L’Afrique possède les ressources, mais pas encore toute la valeur

Le paradoxe africain est là. Le continent concentre environ 30 % des réserves mondiales connues de minerais critiques, selon le Commissariat à l'énergie atomique, mais demeure largement dépendant de l’exportation de matières premières. La République démocratique du Congo (RDC) fournit environ 70 % du cobalt mondial. L’Afrique du Sud domine les métaux du groupe du platine. La Zambie est un acteur majeur du cuivre et le Zimbabwe développe rapidement son potentiel dans le lithium. Ces ressources placent l’Afrique au centre de la compétition mondiale. Mais posséder le minerai ne signifie pas maîtriser sa valeur. Pendant des décennies, les ressources ont été extraites, exportées puis transformées ailleurs. L’enjeu de la nouvelle bataille minière est donc de rompre avec cette logique.

Lobito : un corridor, mais surtout un test

Le corridor de Lobito illustre cette nouvelle géopolitique. Reliant les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, il doit faciliter l’exportation du cuivre et du cobalt vers les marchés internationaux. Pour Washington, cette infrastructure constitue un élément essentiel de diversification des chaînes d’approvisionnement. Pour l’Afrique, elle pourrait devenir davantage : un corridor d’industrialisation. La question déterminante sera de savoir si les infrastructures permettront l’installation d’usines de transformation, de centres logistiques, de laboratoires, de sociétés de services et de pôles de formation, ou si elles serviront principalement à accélérer l’évacuation des minerais bruts.

L’heure de négocier

La compétition entre États-Unis, Chine et autres puissances peut offrir aux pays africains un levier exceptionnel. Mais encore faut-il savoir l'utiliser. Les États africains doivent désormais négocier des transferts de technologie, des emplois qualifiés, des infrastructures, des formations, du contenu local et surtout la transformation sur place. L’Union africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine pourraient contribuer à une stratégie continentale sur les minerais critiques, afin d'éviter que chaque pays négocie isolément. Les 500 millions de dollars américains ne doivent donc pas seulement financer l’accès aux ressources africaines. Ils doivent contribuer à financer l’accès de l’Afrique à la valeur créée par ses propres ressources. La nouvelle ruée minière peut reproduire l’histoire, ou permettre à l’Afrique de la réécrire.

 

Noël Ndong

Notification: 

Non