Brics : l’Afrique cherche sa place dans le nouvel ordre mondial

Mardi 15 Septembre 2026 - 14:12

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Avec l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie parmi ses membres et le Nigeria comme partenaire, le 18ᵉ sommet des Brics qui s'est tenu à New Delhi confirme l’importance croissante du continent dans la recomposition du Sud global. Mais pour l’Afrique, le véritable enjeu reste de transformer cette présence en influence.

L’Afrique n’était pas un simple invité du 18ᵉ sommet des BRICS. Elle était l’un des terrains sur lesquels se joue l’ambition du groupe de remodeler les rapports de force internationaux. Réunis les 12 et 13 septembre sous  la présidence indienne, les dirigeants des onze membres ont adopté la Déclaration de New Delhi, appelant notamment à une gouvernance mondiale plus représentative et à une réforme des institutions internationales. Pour le continent, la configuration est nouvelle. L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie siègent désormais parmi les membres à part entière. Le Nigeria, première puissance démographique africaine, a participé au sommet comme pays partenaire. Cette présence élargie donne au continent plusieurs portes d’entrée dans l’un des principaux forums de coordination du Sud global.

Trois pays, trois leviers africains

Pretoria demeure le principal relais politique africain au sein des Brics historiques. Son agenda met l’accent sur le commerce, les chaînes d’approvisionnement, l’agriculture, l’économie numérique et l’innovation. Le président Cyril Ramaphosa a notamment placé ces secteurs au cœur de sa participation au forum économique des Brics. L’Égypte apporte une autre profondeur stratégique : celle du monde arabe, de la Méditerranée et des routes commerciales reliant l’Afrique au Moyen-Orient. L’Éthiopie, elle, donne au groupe un ancrage supplémentaire en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique. Avec le Nigeria comme partenaire, l’équation devient encore plus significative. Abuja peut utiliser cette plateforme pour attirer davantage d’investissements, notamment dans l’agriculture, les technologies et les secteurs non pétroliers.

Minerais critiques : l’avantage africain à transformer

C’est probablement sur le terrain économique que l’opportunité est la plus concrète. La déclaration de New Delhi insiste sur la sécurité énergétique, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la coopération autour des minerais critiques. Pour l’Afrique, cette question est stratégique : cobalt, cuivre, lithium, manganèse, graphite, terres rares et autres ressources sont devenus indispensables aux nouvelles industries énergétiques et technologiques. Le texte des Brics appelle notamment à renforcer la coopération sur ces ressources et sur les chaînes énergétiques. Mais le risque est connu : que le continent reste principalement un fournisseur de matières premières pendant que la transformation industrielle, la technologie et la valeur ajoutée demeurent ailleurs. L’enjeu africain dans les Brics est donc moins de trouver de nouveaux acheteurs que de négocier de meilleures chaînes de valeur : transformation locale, infrastructures, transfert de technologies, financement, compétences et accès aux marchés.

Du poids démographique à la puissance de négociation

La revendication africaine rejoint ainsi celle portée plus largement par le Sud global : obtenir une représentation plus importante dans les institutions de gouvernance mondiale. Le sommet de New Delhi a précisément placé la réforme des institutions internationales parmi ses priorités. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a appelé à approfondir l’engagement des Brics avec l’Afrique et à mieux connecter capitaux, technologies, marchés et ressources du continent. Mais les Brics ne constituent pas un bloc homogène. Les divergences entre leurs membres sur plusieurs crises internationales montrent les limites d’une stratégie commune. La déclaration elle-même est le résultat de compromis entre des États aux intérêts parfois contradictoires. Pour l’Afrique, cette diversité peut néanmoins devenir un avantage : multiplier les partenaires sans remplacer une dépendance par une autre.

L’Afrique doit négocier, pas seulement adhérer

C’est probablement le principal enseignement de New Delhi. L’élargissement des Brics offre au continent une plateforme supplémentaire dans un système international en recomposition. Mais une présence africaine plus importante ne garantit pas automatiquement une influence accrue. La véritable question est désormais celle de la coordination : Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie et Nigeria peuvent-ils porter certaines positions communes avec l’Union africaine et les communautés économiques régionales ? Si cette articulation se construit, les Brics peuvent devenir pour l’Afrique un instrument de diversification diplomatique, financière et économique. Sinon, le risque est de voir le continent rester ce qu’il a trop souvent été dans les grands rapports de puissance : un espace stratégique convoité, mais insuffisamment organisé pour imposer ses propres conditions.

À New Delhi, le message africain est donc moins celui d’un alignement que d’une recherche de marge de manœuvre. Le nouvel ordre mondial se construit avec l’Afrique. Reste à savoir si l’Afrique participera à sa construction — ou se contentera d’en subir les règles.

Noël Ndong

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