Est de la RDC : le front invisible des minerais stratégiques

Vendredi 20 Février 2026 - 9:34

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Entre guerre hybride, rivalités régionales et compétition mondiale pour les ressources critiques, la régon des Grands Lacs au cœur d’un basculement géopolitique.

L’Est de la République démocratique du Congo (RDC) demeure l’un des théâtres géostratégiques les plus sensibles du continent. Frontalier du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, cet espace concentre des ressources critiques - coltan, cobalt, or - indispensables aux industries numériques et à la transition énergétique mondiale. Ce sous-sol convoité alimente depuis plus de trois décennies un cycle conflictuel aux ramifications régionales et internationales. Le 17 février, l’Union européenne a débloqué plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire, dont 68 millions destinés à la RDC et 13,2 millions pour les réfugiés et la préparation aux catastrophes dans les pays voisins. Bruxelles rappelle que « plus de 21 millions de personnes ont besoin d’assistance » et que « près de 28 millions souffrent d’insécurité alimentaire ». Ces chiffres traduisent une crise structurelle, où l’urgence humanitaire masque un affrontement stratégique plus profond.

Depuis 2021, la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) a rebattu les cartes sécuritaires. Accusé par Kinshasa d’être soutenu par Kigali, le groupe armé a pris début 2025 le contrôle de Goma et de Bukavu, verrouillant des axes économiques majeurs. Cette progression constitue un défi direct à l’intégrité territoriale congolaise et modifie les équilibres militaires dans les Kivu. Sur le plan géoéconomique, le contrôle des corridors miniers équivaut à un levier d’influence global. Les minerais extraits dans l’Est congolais alimentent des chaînes de valeur stratégiques en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. L’enjeu dépasse donc la rivalité locale : il s’inscrit dans une compétition mondiale pour la sécurisation des approvisionnements critiques. Diplomatiquement, les initiatives se multiplient sans résultat durable : déclaration de principes à Doha entre Kinshasa et le M23, accord RDC–Rwanda signé à Washington, médiation active de l’Angola. Pourtant, les combats persistent, révélant la fragilité des mécanismes de cessez-le-feu et l’absence d’architecture régionale de sécurité pleinement opérationnelle.

Au cœur de cette crise se joue également une bataille d’intelligence économique. L’insuffisante traçabilité des minerais, les circuits informels et les financements opaques entretiennent une économie de guerre qui nourrit les groupes armés. La stabilisation durable suppose une approche intégrée : réforme du secteur de la défense, coopération sécuritaire régionale, gouvernance transparente des ressources, investissements productifs et développement local. À défaut, l’Est de la RDC restera un foyer de tensions structurant les rapports de force africains et mondiaux pour la prochaine décennie.

Noël Ndong

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