UE-Afrique : le commerce agroalimentaire révèle les fragilités de l’Afrique centraleMercredi 9 Septembre 2026 - 14:19 Les échanges agroalimentaires entre l’Union européenne et l’Afrique au premier semestre 2026 confirment une réalité contrastée : le continent reste un fournisseur majeur de produits agricoles pour le marché européen, mais plusieurs économies africaines demeurent fortement exposées à la volatilité des cours mondiaux. En Afrique centrale, le recul des exportations du Cameroun constitue un signal particulièrement important. Publié fin août, le rapport de suivi du commerce agroalimentaire de l’Union européenne fait apparaître des évolutions très différentes, selon les partenaires africains. La baisse des prix du cacao explique une partie importante du recul enregistré par plusieurs fournisseurs. La Côte d’Ivoire reste ainsi le premier fournisseur africain recensé par la Commission européenne, avec 4,11 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires vers l’UE au premier semestre 2026, malgré une baisse de 19 % sur un an. Le Maroc suit avec 2,46 milliards d’euros, en progression de 1 %, devant l’Égypte, à 1,63 milliard. Mais derrière ces chiffres se dessine une autre réalité : la valeur des exportations peut reculer fortement sans que les volumes agricoles diminuent dans les mêmes proportions. Le rapport attribue notamment la baisse mondiale des importations européennes de café, thé, cacao et épices à la chute des prix du cacao, évaluée à 26 % sur la période. Le Cameroun, un signal pour l’Afrique centrale Le cas camerounais mérite une attention particulière. Les importations agroalimentaires européennes en provenance du Cameroun ont diminué de 43 %, soit une baisse de 536 millions d’euros. Elles se sont établies à 706 millions d’euros au premier semestre 2026. Ce recul ne doit toutefois pas être interprété comme un effondrement général de l’agriculture camerounaise. Les données fournies montrent surtout l’effet de la conjoncture des marchés internationaux sur la valeur des échanges. Elles soulignent néanmoins la vulnérabilité d'une économie dont certaines recettes d’exportation restent liées à des matières premières agricoles soumises à de fortes fluctuations de prix. Pour l’Afrique centrale, la question dépasse donc le seul Cameroun. La région dispose d’un potentiel agricole considérable, mais demeure confrontée à des déficits d’infrastructures, de transformation industrielle, de logistique et d’accès aux marchés. Le paradoxe d’un commerce encore peu transformé L’enjeu est désormais de mieux capter la valeur ajoutée. Exporter davantage de produits transformés permettrait potentiellement de réduire l’exposition aux seules variations des cours des matières premières et de créer davantage d’emplois industriels. Le contraste avec d’autres partenaires africains est instructif. L’Égypte enregistre une hausse de 11 % de ses exportations agroalimentaires vers l’UE, à 1,63 milliard d’euros, tandis que les exportations européennes vers le pays progressent de 28 %, notamment grâce au blé. Le Maroc demeure, pour sa part, le premier marché africain cité pour les produits agroalimentaires européens, avec 1,72 milliard d’euros d’exportations européennes, malgré un recul de 10 %. Pour la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, le message est clair : l’enjeu n’est pas seulement d’augmenter les exportations agricoles, mais de transformer localement davantage, diversifier les débouchés et réduire la vulnérabilité aux cours mondiaux. Le commerce UE-Afrique reste une opportunité majeure. Pour l’Afrique centrale, il doit désormais devenir davantage un levier d’industrialisation qu’un simple canal d’exportation de matières premières. Noël Ndong Notification:Non |











