Arts d’Afrique : Hambourg ouvre le dossier oublié du IIIe ReichJeudi 1 Octobre 2026 - 18:18 Les 21 et 22 octobre, l’INHA et le MARKK réunissent chercheurs et professionnels africains et européens pour documenter le destin des œuvres africaines sous le nazisme et pendant la Seconde Guerre mondiale. Une recherche qui pourrait déplacer les frontières entre spoliations coloniales, marché de l’art et persécutions nazies. Et si une partie de l’histoire des œuvres africaines en Europe avait été éclipsée par celle des spoliations nazies d’œuvres européennes ? C’est l’une des questions qui sera posée les 21 et 22 octobre 2026 à Hambourg, lors d’un atelier de recherche à huis clos organisé par l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) avec le MARKK – Museum am Rothenbaum, Kunst und Kulturen der Welt. Le rendez-vous s’inscrit dans un programme de recherche international de l’INHA consacré aux arts d’Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale. Lancé pour la période 2025–2028, il entend documenter les déplacements, destructions, effacements et repositionnements des objets africains entre l’Afrique et l’Europe. L’INHA présente ce domaine comme un « impensé de la recherche », nécessitant un examen approfondi des archives et des trajectoires des objets. La question est particulièrement sensible parce qu’elle se situe au croisement de deux histoires longtemps étudiées séparément : celle des biens culturels issus des contextes coloniaux et celle des œuvres spoliées sous le régime nazi entre 1933 et 1945. À Hambourg, une vingtaine de professionnels de musées, chercheurs et chercheuses européens et africains devront notamment interroger le devenir des objets africains présents en Europe durant cette période. Quels objets provenant d’Afrique se trouvaient dans des collections juives victimes des persécutions nazies ? Certains ont-ils été vendus, saisis ou déplacés dans le contexte des politiques antisémites ? Quels furent les effets de la guerre sur les collections constituées dans les territoires africains sous domination coloniale ? Et comment les musées ethnographiques allemands ont-ils fonctionné sous le IIIe Reich ? L’enjeu n’est donc pas seulement de retrouver des objets. Il est de reconstituer les chaînes de possession, les acteurs, les marchés et les institutions qui ont déterminé leur trajectoire. Les travaux déjà engagés par l’INHA montrent l’ampleur du chantier. Le projet s’intéresse notamment à l’histoire des collections, à l’identification des acteurs et au statut particulier attribué aux objets africains dans le cadre des théories racistes du fascisme. Il prolonge notamment les recherches du programme RAMA, consacré aux acteurs du marché de l’art en France sous l’occupation. L’intérêt de l’atelier de Hambourg tient aussi à sa composition. Des chercheurs et professionnels venus notamment d’Allemagne, de France, du Sénégal, d’Éthiopie et du Cameroun doivent contribuer à la constitution d’un réseau international. Cette dimension africaine est essentielle : elle permet de déplacer le regard des seules archives européennes vers les institutions, collections et trajectoires patrimoniales du continent. La démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de recherche sur la provenance des œuvres africaines. Une première journée d’étude organisée par l’INHA en novembre 2025 avait déjà posé plusieurs axes : objets africains provenant de collections juives spoliées, biens culturels déplacés en Afrique pendant la guerre, visibilité des objets africains dans les archives du conflit, réseaux commerciaux et collections menacées par les bombardements. Pour les pays africains, cette recherche ouvre une question stratégique : peut-on écrire pleinement l’histoire des collections africaines sans reconstituer les périodes de guerre, de domination coloniale et de transformation des marchés européens qui ont façonné leur circulation ? Hambourg ne devrait donc pas seulement être une étape académique. En mettant en relation historiens de l’art, musées, chercheurs de provenance et spécialistes africains, l’atelier contribue à établir les bases documentaires nécessaires aux futures discussions sur les collections, leur histoire et, lorsque les faits le justifient, leur restitution. Le véritable enjeu est peut-être là : passer du récit général sur les œuvres africaines déplacées à une histoire documentée de chaque objet, de chaque collection et de chaque trajectoire. Noël Ndong Notification:Non |











