Afrique centrale : la bataille des corridors se joue à Bangui

Samedi 3 Octobre 2026 - 13:10

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Avec le corridor 13 Pointe-Noire–Brazzaville–Bangui–N’Djamena, la Centrafrique se retrouve au croisement des ambitions de connectivité de la CEEAC. Pour la BAD, l’enjeu dépasse les infrastructures : il s’agit de réduire l’enclavement, fluidifier les échanges et renforcer l’intégration économique de l’Afrique centrale.

À Bangui, la bataille du désenclavement prend une dimension régionale. La mission de neuf jours conduite du 11 au 19 septembre 2026 par la Banque africaine de développement (BAD) intervient alors que la Centrafrique cherche à accélérer ses investissements dans les transports, l’énergie, l’agriculture, l’eau et les infrastructures aéroportuaires. Mais derrière les chantiers nationaux se dessine un enjeu plus vaste : la recomposition des grands corridors qui structurent l’espace économique de la CEEAC. Le dossier central est le Corridor 13 Pointe-Noire–Brazzaville–Bangui–N’Djamena. Sa première phase bénéficie d’un financement de 282 millions de dollars du Groupe de la BAD. L’objectif est de permettre à la République centrafricaine de diversifier son accès aux marchés régionaux grâce à une liaison vers le port de Pointe-Noire, au Congo. La BAD présente le projet comme stratégique pour l’intégration régionale et son articulation avec la Zone de libre-échange continentale africaine. Pour Bangui, l’enjeu est considérable. L’enclavement renchérit les coûts de transport, ralentit les échanges et réduit la capacité d’attraction des investissements. Une connexion plus efficace avec Pointe-Noire peut offrir une voie supplémentaire vers la mer et les marchés internationaux. Pour le Congo, l’enjeu est également celui de la consolidation de la vocation régionale de son infrastructure portuaire. Pour le Tchad, le corridor ouvre potentiellement une autre profondeur logistique vers l’Afrique centrale.

La géographie des infrastructures devient ainsi une géographie des flux.

C’est précisément ce qui donne au corridor 13 une portée CEEAC. La Communauté a identifié le projet parmi ses grands chantiers régionaux d’infrastructures de transport, aux côtés notamment du corridor Brazzaville–Yaoundé, de l’axe Yaoundé–Bata–Libreville et du corridor Bangui–Kisangani–Bujumbura. L’enjeu n’est donc pas simplement de construire des routes. Il est de parvenir à faire fonctionner des corridors économiques intégrés : infrastructures, postes-frontières, douanes, transit, transport multimodal, circulation des marchandises et harmonisation des procédures doivent progressivement fonctionner comme un même système. Les expériences engagées sur d’autres corridors de la CEEAC montrent d’ailleurs que la facilitation du commerce et l’harmonisation douanière sont aussi déterminantes que les infrastructures physiques. Sur le terrain centrafricain, certains indicateurs témoignent déjà de l’avancement. Le tronçon Bossarangba–Mbaïki, long de 69 kilomètres, ainsi que 4,5 kilomètres de voirie urbaine à Mbaïki, atteignaient 98 % d’exécution au 31 août 2026. Mais la mission de la BAD a également relevé des contraintes liées notamment à la libération des emprises et aux indemnisations des populations affectées.

L’autre maillon stratégique est aérien. Les travaux de modernisation de l’aéroport international de Bangui-M’Poko sont annoncés à plus de 90 % d’exécution. Le projet vise notamment la certification OACI et l’amélioration durable de la connectivité aérienne de la capitale centrafricaine. Cette approche rejoint une dynamique plus large de la CEEAC. En 2026, l’organisation régionale a également accéléré le processus du pont route-rail Brazzaville–Kinshasa, avec cinq groupements préqualifiés et une procédure d’appel à propositions engagée. Ce projet doit connecter davantage les réseaux routiers et ferroviaires et faciliter les échanges entre les deux rives du Congo. Ces projets dessinent progressivement une même question stratégique : comment transformer un espace régional géographiquement fragmenté en véritable marché connecté ?

Pour la CEEAC, le défi est moins celui de l'annonce de grands ouvrages que celui de leur articulation. Pointe-Noire, Brazzaville, Bangui, Kinshasa, Yaoundé ou N’Djamena ne constituent une véritable chaîne régionale que si les corridors qui les relient deviennent effectivement praticables, compétitifs et prévisibles pour les opérateurs économiques. C’est là que se situe l’enjeu géopolitique du chantier centrafricain. En finançant des infrastructures à Bangui, la BAD contribue aussi à renforcer les connexions entre façade atlantique, bassin du Congo et Afrique centrale enclavée. La réussite du corridor 13 ne transformera pas à elle seule la géographie économique régionale. Mais son achèvement pourrait constituer un maillon important d’un réseau de corridors dont la CEEAC cherche encore à faire une véritable architecture d’intégration. À Bangui, la question n’est donc plus seulement de sortir de l’enclavement. Elle est de savoir quelle place la Centrafrique pourra occuper dans la future carte des flux de l’Afrique centrale.

 

 

Noël Ndong

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