Financement de l’Afrique : le rapprochement avec l’Asie, nouvelle bataille de la souveraineté économique

Vendredi 23 Octobre 2026 - 17:24

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Face à la fragmentation de l’économie mondiale, la Banque africaine de développement plaide pour une mobilisation massive des capitaux, des réformes institutionnelles et des partenariats stratégiques. L’enjeu : transformer la résilience africaine en investissements productifs sans aggraver la dépendance à la dette.

L’Afrique cherche de nouveaux leviers de financement dans un monde où les rivalités géopolitiques redessinent les flux de capitaux, les chaînes d’approvisionnement et les alliances économiques. Lors de la cinquième édition de son séminaire consacré aux Perspectives économiques en Afrique à destination des publics asiatiques, organisée avec le Korea Institute for International Economic Policy (KIEP), le Groupe de la Banque africaine de développement a placé une question au cœur des débats : comment mobiliser des financements à grande échelle pour accélérer la transformation du continent ? Selon le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026, la croissance réelle du produit intérieur brut africain devrait atteindre 4,2 % en 2026, après une estimation de 4,4 % en 2025, avant de remonter à 4,4 % en 2027. Cette progression reste toutefois insuffisante pour répondre aux besoins d’emplois, d’infrastructures et de réduction de la pauvreté, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.

L’Asie, partenaire stratégique plutôt que simple bailleur

Le dialogue entre experts africains et asiatiques traduit une évolution du débat : il ne s’agit plus seulement de rechercher des capitaux, mais de mieux les organiser pour financer des projets viables. La Corée du Sud, le Japon, la Chine et l’Inde disposent d’expériences différentes en matière d’industrialisation, de financement et de développement des infrastructures. Pour l’Afrique, l’enjeu est de mobiliser ces complémentarités sans remplacer une dépendance extérieure par une autre. Les intervenants ont insisté sur le rôle des institutions, de la qualité de la gouvernance et de la préparation des projets. Les investisseurs institutionnels ne s’engagent pas uniquement sur la base des besoins d’un pays : ils recherchent des revenus prévisibles, des promoteurs crédibles, des règles stables et une gestion transparente des risques. Cette exigence ouvre un chantier majeur pour les États africains : constituer des portefeuilles de projets suffisamment solides pour attirer les fonds de pension, les assureurs, les banques de développement et les investisseurs privés. La garantie publique, le financement mixte et les mécanismes de partage des risques peuvent faciliter cette mobilisation, à condition de ne pas dissimuler des engagements budgétaires excessifs.

Du volume des capitaux à la qualité des investissements

Le message central du séminaire est sans équivoque : la disponibilité de l’argent ne suffit pas. Encore faut-il le convertir en capacités productives, en emplois qualifiés et en valeur ajoutée locale. L’Afrique doit notamment réduire les obstacles à l’investissement, améliorer ses systèmes financiers et renforcer les institutions capables de sélectionner, d’évaluer et de suivre les projets. Dans un environnement mondial fragmenté, cette stratégie revêt une dimension géoéconomique. Les chaînes d’approvisionnement se réorganisent, les partenaires recherchent des débouchés et les ressources africaines — minérales, énergétiques, agricoles et humaines — suscitent une concurrence accrue. Le continent peut tirer parti de cette recomposition s’il négocie des partenariats intégrant transfert de compétences, transformation locale et accès aux marchés. Pour l’Afrique centrale, notamment le Cameroun, cette réflexion concerne directement le financement de l’énergie, des transports, de l’agro-industrie et des infrastructures logistiques. L’objectif ne devrait pas être de multiplier les annonces d’investissements, mais de bâtir des projets bancables, intégrés aux marchés régionaux et capables de générer des recettes durables.

La confiance, actif stratégique

La Banque africaine de développement et ses partenaires asiatiques convergent sur un point : la réforme de l’architecture financière internationale doit s’accompagner de progrès institutionnels sur le continent. Transparence, sécurité juridique, compétences techniques et discipline budgétaire sont autant de conditions pour attirer les capitaux à long terme. La véritable bataille du financement africain se jouera donc autant dans les ministères, les banques et les agences de développement que sur les marchés internationaux. L’enjeu n’est pas seulement d’attirer davantage d’argent, mais de conserver une capacité de décision sur son utilisation et d’en maximiser les retombées locales. Dans un monde fragmenté, la souveraineté économique africaine dépendra de sa faculté à diversifier ses partenaires, à négocier des accords équilibrés et à transformer les financements en développement tangible. Le capital peut ouvrir la porte ; seules des institutions solides et une stratégie industrielle cohérente permettront de franchir le seuil.

Noël Ndong

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