Afrique-Europe : pour un partenariat adapté aux réalités du vingt et unième siècle

Dimanche 30 Mars 2014 - 8:15

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À quelques jours du sommet Afrique-Europe, Denis Sassou-N’Guesso a lancé des pistes de réflexion pour que cette rencontre réunissant soixante-dix chefs d’État et de gouvernement à Bruxelles soit l’occasion de relancer une véritable coopération entre les deux continents

Dans un article publié dans Géopolitique africaine, le président du Congo appelle de ses vœux un « chemin d’avenir » commun pour cet espace géographique réunissant près du tiers de la population mondiale, qui permettra à la fois de résoudre « la plupart des problèmes auxquels l’Europe et l’Afrique se trouvent confrontées », et, au-delà, de constituer un pôle de stabilité dans la mondialisation.

Loin d’être utopique, ce projet repose sur des liens culturels et linguistiques anciens et solides, estime Denis Sassou-N’Guesso, qui rappelle qu’après les indépendances, les États africains ont bâti des relations de confiance avec les anciennes puissances coloniales et avec l’Union européenne. Ce quatrième sommet Afrique-Europe s’inscrit d’ailleurs dans une longue histoire amorcée dès 1957, avec le traité de Rome, qui faisait de la coopération un des objectifs de la toute nouvelle Communauté économique européenne, puis avec les conventions de Yaoundé et de Lomé et enfin l’accord de Cotonou entré en vigueur en 2003. Le président du Congo souligne en particulier le rôle de la déclaration de Lisbonne de 2007, « véritable acte fondateur de la coopération entre l’Afrique et l’Europe » à ses yeux, qui entendait « bâtir un nouveau partenariat politique stratégique pour l’avenir en dépassant nos relations traditionnelles établies sur le mode bailleurs de fonds/bénéficiaires et en nous appuyant sur des valeurs et des objectifs communs ».

Pour donner corps à cette nouvelle étape du partenariat euro-africain, le chef de l’État congolais a identifié cinq actions prioritaires. En premier lieu, la participation des entreprises européennes au développement d’un réseau d’infrastructures de communication qui favoriserait les échanges à l’échelle du continent. Ensuite, l’organisation d’un système éducatif de qualité adapté aux besoins économiques et sociaux des différents pays, permettant notamment de former des cadres de haut niveau au travers d’une sorte de programme Erasmus africain. Troisièmement, un changement radical d’approche sur la question de l’immigration – un phénomène inéluctable du fait des différences de niveau de vie et de sécurité –, qui pourrait « faire l’objet de programmes de contrôle dans le cadre d’un partenariat spécifique ». « C’est en accompagnant concrètement les pays africains dans leur longue marche vers le développement que les pays européens maîtriseront la question de l’immigration. » Quatrièmement, l’instauration d’une véritable coopération culturelle et artistique qui, en s’appuyant sur les liens déjà tissés et en permettant une meilleure connaissance mutuelle, peut constituer un élément déterminant du succès et de la solidité du partenariat. Enfin, le soutien européen à la mise sur pied d’un système de prévention et de gestion des crises, qui, insiste Denis Sassou-N’Guesso, devra être construit et géré par les seuls Africains.

Ce programme d’action devrait pouvoir s’appuyer sur des structures institutionnelles permettant un dialogue constant et des prises de décision rapides. Denis Sassou-N’Guesso propose ainsi la création d’un Conseil permanent conjoint Afrique-Europe chargé d’assurer le suivi des accords de coopération et d’un organisme de dialogue permanent entre l’Union africaine et l’Union européenne sur les questions de sécurité, « à la fois Conseil de sécurité informel et Conseil des sages ».

Au-delà des questions de coopération entre les deux continents, le sommet de Bruxelles sera également l’occasion d’aborder le sujet, planétaire celui-là, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques. Denis Sassou-N’Guesso y voit une opportunité historique de faire évoluer les positions et de donner des chances de succès à la Conférence des Nations unies (COP 21) qui se déroulera à Paris en décembre 2015. Il souhaite en particulier que l’ensemble des Européens se joigne à l’alliance en vue d’un accord sur la limitation du réchauffement climatique, conclue entre la France et les pays africains lors du sommet de l’Élysée en décembre dernier.

Dans sa conclusion, le président du Congo mesure les difficultés qu’il faudra surmonter pour passer des discours aux actes et les efforts qui seront nécessaires de part et d’autre pour instaurer une véritable coopération. Mais il affirme clairement sa volonté d’aboutir : « Nous n’avons, quant à nous, aucun doute sur le fait que l’Afrique a besoin de l’Europe, tout comme l’Europe a besoin de l’Afrique. »

Benjamin de Capèle