Chronique : le retour en force du plastique

Jeudi 21 Mai 2020 - 16:45

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Tous les pays de la planète sont préoccupés par le combat  contre le coronavirus ou Covid-19. Toute cette attention fait que dans la situation actuelle, la question environnementale semble aujourd’hui relayée au second plan. Pourtant, l’humanité ne doit pas baisser la garde face aux questions majeures comme la réduction de la pollution.

L’arrêt brutal des activités économiques provoqué par le confinement mondial a provoqué quelques évolutions positives sur le plan environnemental, par exemple l’assainissement de la couche d’ozone et l’amélioration de la qualité de l’air et des eaux. Mais comme on peut le voir, cette crise sanitaire a remis sur le devant de la scène une matière néfaste à l’environnement que les Etats et gouvernements de la planète s’évertuaient depuis des décennies à en limiter l’usage auprès des populations. Il s’agit du plastique. Le coronavirus a entraîné une croissance dans la production et la consommation de matériel plastique à usage unique. Cette hausse se traduit à la fois tant dans l’usage hospitalier que domestique et va probablement continuer à s’accentuer à mesure qu’on avancera dans le déconfinement des citoyens.

Il faut savoir que la pollution plastique constitue l’une des principales menaces environnementales de la planète, selon le dernier rapport du Programe des Nations unies pour l’environnement publié en 2019. Le plastique apparaît en ce moment indispensable dans les équipements de protection individuelle dédiés au personnel soignant. Les masques qu’ils utilisent contiennent un matériau filtrant constitué d'un enchevêtrement de fibres plastiques qui retient les virus.

Outre les masques et les gants, les blouses imperméables, les lunettes, visières et écrans protecteurs pour le visage sont également faits de plastique. Mais ce dernier est également présent dans de nombres objets du matériel médical, comme les respirateurs et les ventilateurs, les seringues de polycarbone, les tubes médicaux en PVC, les poches de sang, etc. Du fait de la pandémie, le volume de déchets hospitaliers a augmenté de façon exponentielle dans le monde. Et tous ces résidus ne sont pas recyclables, ils sont donc voués à la décharge ou à l’incinération. Lorsque nous sortons dans la rue, nous utilisons d’autres objets en plastique à usage unique, comme les gants, les gels hydroalcooliques ou les lingettes désinfectantes. Après avoir été utilisés, ces équipements vont à la poubelle sans pouvoir être recyclés.

La pandémie du coronavirus a également intensifié la consommation d’autres plastiques jetables, comme les poches, les bouteilles d’eau, les emballages pour la livraison à domicile de nourriture ou de commerce en ligne. La pandémie modifie beaucoup de nos habitudes quotidiennes. L’on préfère désormais acheter dans les grandes surfaces, où tout se vend plus emballé, afin de tout acheter dans le même supermarché. Nous optons aussi davantage pour des sacs jetables plutôt que réutilisables, par crainte qu’ils aient été contaminés. Toute la matière plastique est jetée, surtout quand on sait que le coronavirus peut rester dans le plastique pendant deux à trois jours. Jusqu’à l’arrivée de la pandémie, l’année 2021 apparaissait cruciale dans la lutte contre l’utilisation abusive du plastique.

Il est ironique de constater qu’avant la crise, la société avait pleinement pris conscience des problèmes environnementaux induits par le plastique. La nécessité de contenir la propagation du virus a toutefois provoqué sa réémergence comme matériau indispensable. Pour des raisons d’hygiène et de santé, il est évidemment impossible d’interdire le recours aux plastiques à usage unique pendant l’état d’urgence sanitaire. Mais il est essentiel d’éviter qu’une fois la crise résolue émerge un problème environnemental majeur.

Il devient urgent de développer des matériaux alternatifs aux plastiques, plus biodégradables et plus recyclables, et d’avancer dans la conception d’additifs chimiques moins polluants. Si nous disposions aujourd’hui de telles solutions, l’explosion actuelle de l’usage du plastique n’affecterait pas aussi négativement l’environnement.

Boris Kharl Ebaka

Légendes et crédits photo : 

Image illustrative

Notification: 

Non