La force d’une image

Samedi 5 Septembre 2015 - 12:13

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Le petit corps, bien habillé, suggérait un enfant jouant avec les vagues, mais Aylan était sur la plage : plus que tous les discours indignés sur l’immigration.

Il y aurait du cynisme à reconnaître que la mort du petit Aylan, trois ans, a fait plus pour faire avancer la cause de l’immigration en Occident que des dizaines des discours humanistes sur la question. Sa photo a fait le tour du monde. On voit le petit garçon, presque prostré dans une attitude de jeu de plage, sauf qu’il a la face tournée vers la mer dans cette station balnéaire turque de Bodrum. Et que non loin de là, les corps de son « grand-frère » de quatre ans et celui de leur maman gisent eux aussi sans vie. Il s’agit des victimes de la tentative de traversée des frontières pour fuir la guerre en Syrie.

La mort du petit Aylan a secoué les consciences du monde plus que des décennies de succession de drames en Méditerranée. Plus que les plus de 2000 des migrants qui ont déjà perdu la vie dans la téméraire traversée de la Méditerranée pour gagner l’Europe. Il y a deux ans, le petit port sicilien de Lampedusa, appelait l’Italie au secours parce qu’elle manquait de … cercueils pour enterrer les migrants morts dans leurs embarcations, noyés et dont les corps revenaient sur le rivage au rythme d’au moins dix par jour !

La force de l’image a fait bouger les lignes. La France, naguère opposée à la politique de répartitions des quotas des réfugiés dans toute l’Europe, s’est jointe à cette mesure qui ne représente pas la panacée mais, a estimé la chancelière allemande,  Angela Merkel, une « marque d’humanité » dans un problème qui dépasse tout le monde. Même l’ONU estime désormais que « les personnes qui ont une demande de protection valide doivent bénéficier d'un programme de réinstallation de masse, avec la participation obligatoire de tous les Etats membres de l'UE. Une estimation vraiment préliminaire semble indiquer le besoin potentiel d'accroître les opportunités de réinstallation à 200.000 places ».

Pour mémoire, rappelons qu’avant la mort du petit Aylan, l’Allemagne avait courageusement souligné qu’elle pouvait accueillir jusqu’à 800.000 réfugiés. Une générosité considérée par certains comme un intolérable appel d’air. En Hongrie, le président nationaliste Viktor Orban, estime qu’il faut, au contraire, durcir les lois sur les migrations, devant, en raison de la menace des islamistes, possibles infiltrés. « Si nous ne protégeons pas nos frontières, des dizaines de millions de migrants continueront de venir en Europe ». Le risque est qu’un jour « nous serons une minorité dans notre propre continent », a-t-il estimé.

L’Organisation internationale des migrations a indiqué vendredi que depuis janvier, près de 365.000 personnes ont traversé la Méditerranée. Plus de 2.700 sont mortes en effectuant ce périple qui constitue « la plus grave » crise du genre affrontée par l’Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Mais, précise encore l’OIM, « il s'agit avant tout d'une crise de réfugiés et pas seulement d'un phénomène migratoire ». Autrement l’invasion agitée, la domination religieuse trouveront leurs limites dans la fin des guerres qui poussent ces masses à fuir leurs pays : la Syrie, l’Irak et l’Erythrée.

À signaler, mais cela n’est plus qu’un détail dans tout ce tumulte, que le petit Aylan, son frère et leur mère ont été enterrés jeudi à Kobané, en Syrie. Il avait quitté cette ville martyre bombardée, en continue par l’armée, les islamistes de l’Etat islamique, l’opposition syrienne ou l’aviation turque de l’occupation, reconquête de cette localité située non loin de la frontière turque. Aylan est revenu reposer dans une ville qu’il voulait fuir à tout prix.

Lucien Mpama

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