Maman Néné : « Industrialiser la fabrication du manioc pour offrir de l'emploi à la jeunesse »

Jeudi 11 Juillet 2019 - 22:53

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Ménagère d’une soixantaine d’années révolues, maman Néné est établie dans une localité du nord du pays où nous l'avons rencontrée. Aux Dépêches du Bassin du Congo, elle explique les différentes étapes de la fabrication du manioc,  déplorant le manque d’engouement des jeunes filles pour ce travail.

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : A quel âge aviez-vous embrassé ce travail de fabrication du manioc ?

Maman Néné (M.N.) : À notre temps, quand vous atteigniez déjà une douzaine d’années, maman vous apprenait tout ce qui relevait de la division sociale du travail. Et cela se passait dans la plupart des familles africaines en général et chez nous au Congo en particulier. Moi, par exemple, suis arrivée très jeune au mariage et je n’avais pas eu trop de tracasseries en ce qui concerne la gestion du foyer, notamment la fabrication du manioc.

L.D.B.C.: Pourquoi aujourd’hui les jeunes filles qui vivent au village s'y adonnent timidement  ?

M.N. : Cela est vrai. Les jeunes filles vivant au village préfèrent transformer leurs tubercules en farine de foufou que de se jeter dans la fabrication du manioc chikwanga (moungouélé,  mossombo et autres). Elles évoquent la pénibilité de ce travail et pensent qu’avec la farine du foufou, les choses vont assez vite. Puisque cela est ainsi, pourquoi ne pas industrialiser la fabrication du manioc puisque les Congolais adorent manger le "moungouélé" ? Voyez-vous, dans de nombreux villages, ce sont les femmes d’un certain âge qui le font, mais avec le temps, elles n’y arriveront plus. Ici, nous entendons dire par des citadins qui viennent se ravitailler que le "moungouélé" fabriqué en ville n’a toujours pas les mêmes qualités que ceux du village.

L.D.B.C. : Quelles sont les étapes essentielles de cette fabrication du manioc ?

M.N. : Il faut noter que la fabrication du manioc demande une certaine endurance. Le tout part avec de bons et sains tubercules, qu’il faudra récolter parfois en une ou deux jours. Ensuite, il faut enlever la peau des tubercules récoltés et cela peut prendre aussi un à deux jours, selon la quantité de manioc que l’on veut avoir. Après, il faut tremper les tubercules dans des tonneaux d’eau et les laisser rouir pendant plus d’une semaine, ensuite les sortir et les laver correctement tout en les débarrassant de certaines fibres inutiles. Puis vient la transformation de ces tubercules en pâte de manioc en les malaxant avec des pétrins spéciaux. La pâte ainsi obtenue doit aller au feu pour être transformée toute chaude après un nouveau malaxage. Et ce n’est qu’après ce malaxage qu’on arrive à la formation des pains de manioc (moungouélé) pour être mis dans des grandes marmites pour la cuisson finale. Voilà l’essentiel dans la fabrication du "moungouélé". Les jeunes filles évitent souvent d’attaquer la pâte chaude du tubercule transformé car cela peut laisser aussi des empreintes au niveau des mains.

L.D.B.C. : Quel appel pouvez-vous lancer à l'endroit des jeunes filles qui rejettent ce travail ?

M.N. : L’appel est tout simple. Le poids d’âge fera que les femmes de ma promotion se trouvant sur toute l’étendue du territoire national arrêtent définitivement avec la fabrication du manioc. Et comme les jeunes filles ne veulent pas du tout embrasser ce métier artisanalement, que les pouvoirs publics pensent à l’industrialisation de ce travail, cela créera aussi d’emplois pour la jeunesse.

 

Propos recueillis par Faustin Akono

Légendes et crédits photo : 

Maman Néné en pleine fabrication du manioc "moungouélé"

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