Corne de l’Afrique : l’Union africaine face au triangle stratégique Addis-Abeba–Asmara–Le Caire

Lundi 5 Octobre 2026 - 16:46

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La clarification de l’Union africaine sur les tensions entre l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte révèle la fragilité d’un équilibre régional où se croisent guerre au Tigré, accès à la mer Rouge, sécurité du Nil et compétition d’influence.

L’Union africaine tente de reprendre la main sur une séquence diplomatique qui menace de dépasser le seul cadre des relations bilatérales. Après son appel du 1er octobre à l’Éthiopie, à l’Érythrée et à l’Égypte à faire preuve de retenue, la Commission de l’UA a dû préciser, le 4 octobre, qu’elle n’avait en aucun cas cherché à attribuer à un État voisin la responsabilité des événements en cours. Cette mise au point du siège d’Addis-Abeba dit beaucoup de la sensibilité du dossier, car derrière les expulsions de diplomates et les accusations croisées se dessine désormais un triangle stratégique dont les trois sommets poursuivent des intérêts distincts, mais dont les trajectoires se croisent dangereusement. Au centre, l’Éthiopie cherche à préserver son intégrité territoriale tout en consolidant son statut de puissance régionale. La reprise des combats dans le nord du pays et les tensions avec le TPLF ont ravivé les inquiétudes autour d’une nouvelle déstabilisation interne. Addis-Abeba accuse notamment l’Érythrée et d’autres acteurs de soutenir ses adversaires, accusations rejetées par les intéressés.

Deuxième sommet du triangle : Asmara

L’Érythrée occupe une position stratégique particulière par son ouverture sur la mer Rouge. La rupture diplomatique avec l’Éthiopie, annoncée après la fermeture de l’ambassade éthiopienne à Asmara et l’expulsion de dix diplomates érythréens, transforme une rivalité ancienne en fracture diplomatique ouverte. Cette dimension maritime est essentielle. Pour une Éthiopie enclavée depuis 1993, la question de l’accès à la mer constitue un enjeu stratégique majeur. Pour l’Érythrée, sa façade maritime d’environ 1 000 kilomètres renforce au contraire son poids dans les équilibres de la mer Rouge.

Troisième sommet : l’Égypte

Le Caire n’est pas un acteur périphérique de cette équation. Sa relation avec Addis-Abeba est structurée depuis des années par le contentieux sur le Nil et le Grand barrage de la Renaissance, mais aussi par une compétition plus large autour de l’influence régionale et de la sécurité de la mer Rouge. La dégradation simultanée des relations éthiopio-érythréennes et égyptio-éthiopiennes donne ainsi à la crise une profondeur géopolitique nouvelle. C’est précisément ce que l’UA cherche à éviter : que des tensions séparées se transforment en système régional de confrontation. Le 1er octobre, elle avait appelé les trois États à maintenir les canaux de communication et à régler leurs différends par les voies diplomatiques. Le 4 octobre, elle a rappelé que son intervention relevait exclusivement de son mandat de paix, de sécurité et de stabilité continentales.

Le risque dépasse donc le seul triangle. Dans une Corne de l’Afrique déjà fragilisée par la guerre au Soudan et les recompositions autour de la mer Rouge, toute détérioration durable entre Addis-Abeba, Asmara et Le Caire peut produire des effets en chaîne. Pour l’Union africaine, l’enjeu est désormais de maintenir ce triangle dans le champ de la diplomatie plutôt que de le laisser basculer dans celui des rapports de force. La prudence sémantique de ses communiqués n’est pas anodine : dans cette partie du continent, un mot mal interprété peut rapidement devenir un fait stratégique.

Noël Ndong

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