Giec: la bataille du climat se joue aussi contre la montre

Mercredi 21 Octobre 2026 - 9:24

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À Addis-Abeba, en Ethiopie, les États n’ont pas réussi à s’entendre sur le calendrier du prochain rapport climatique. Derrière ce blocage, une fracture géopolitique oppose urgence de l’action, équité scientifique et intérêts nationaux. L’Afrique, particulièrement exposée au dérèglement climatique, risque d’en payer le prix.

La science climatique vient de se heurter au mur de la géopolitique. Réunie à Addis-Abeba, la 65ᵉ session plénière du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) s’est achevée sans accord sur le calendrier de publication de son septième rapport d’évaluation. Une impasse qui dépasse les querelles de procédure : elle menace la capacité de la communauté internationale à disposer, au bon moment, des connaissances nécessaires pour évaluer ses engagements climatiques.

2028 ou 2029 : le calendrier devient un enjeu de puissance

Le désaccord porte notamment sur la date de publication des trois volumes consacrés aux bases physiques du changement climatique, à ses impacts et à l’adaptation, ainsi qu’à son atténuation. Une partie des États souhaite que ces travaux soient disponibles pour le deuxième bilan mondial de l’Accord de Paris, prévu en 2028. D’autres défendent un calendrier plus long, jusqu’en 2029, afin de permettre davantage de participation scientifique et des évaluations approfondies. Cette divergence révèle une tension réelle. Publier à temps est essentiel pour éclairer les décisions politiques. Mais accélérer les travaux sans garantir une participation équitable des chercheurs et des pays disposant de moyens scientifiques plus limités fragiliserait également la légitimité du processus. L’Inde, la Chine, la Russie et l’Arabie saoudite figurent parmi les pays qui défendent un calendrier plus long. D’autres États, dont ceux vulnérables et des membres de coalitions ambitieuses sur le climat, redoutent qu’un report réduise l’influence du rapport sur les décisions internationales.

La France monte au créneau

Paris dénonce les tentatives de ralentissement du processus et appelle à préserver l’indépendance scientifique du Giec. La France défend un calendrier permettant aux trois volumes de contribuer au prochain bilan mondial et annonce vouloir porter cette priorité au niveau politique, notamment lors de la COP31. Mais le blocage ne concerne pas uniquement les dates. Les discussions ont également achoppé sur les mesures d’inclusivité et sur le budget nécessaire à la poursuite des travaux. La session a finalement été suspendue sans accord, les principaux points restant ouverts. Le GiecI fonctionne sur la base du consensus entre ses États membres. Cette règle protège la légitimité collective de ses évaluations, mais elle peut aussi donner aux désaccords politiques un pouvoir de ralentissement considérable.

L’Afrique face au risque d’un rendez-vous manqué

Pour le continent africain, l’enjeu est immédiat. Malgré sa contribution historiquement faible aux émissions mondiales par rapport à d’autres grandes régions, l’Afrique est fortement exposée aux sécheresses, aux inondations, aux vagues de chaleur et aux perturbations agricoles. Elle a besoin d’évaluations robustes pour orienter ses politiques d’adaptation, défendre ses besoins de financement et renforcer ses capacités scientifiques. L’Éthiopie, pays hôte de la session, a appelé, d’ailleurs, à renforcer les capacités météorologiques et climatiques africaines. La question de l’inclusivité ne peut donc être balayée au nom de la seule urgence : les chercheurs africains doivent disposer des moyens de contribuer aux évaluations mondiales et de produire des connaissances adaptées aux réalités locales.

Le défi consiste à concilier ces deux impératifs : un calendrier utile aux négociations et une expertise véritablement représentative. À Addis-Abeba, le climat n’a pas seulement révélé une urgence scientifique. Il a exposé les fractures du multilatéralisme. Si les États ne parviennent pas rapidement à un compromis, le prochain rapport du Giec risque de peser moins fortement sur les décisions de 2028, au moment même où la communauté internationale devra mesurer ses progrès. Pour l’Afrique, le coût potentiel est stratégique : moins de temps pour transformer la science en politiques d’adaptation, en investissements et en protection de la population.

 

Noël Ndong

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