Africa poésie 2019 : le Congolais Cristell Mouanda Moussoki décroche le meilleur prix

Jeudi 21 Mars 2019 - 16:15

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22 ans, étudiant en 3e année en Sciences et techniques de la communication de l’Université Marien-Ngouabi de Brazzaville, le jeune poète a occupé le premier rang, à l’issue d’un concours qui a mis aux prises les écrivains poètes de plusieurs nationalités.

Le concours s’est déroulé au Cameroun et a réuni plusieurs pays, à savoir la France, la Belgique, le Haïti, le Congo-Brazzaville, le Sénégal, le Bénin, le Cameroun, le Maroc.

Le jury a été présidé par Daouda Mbouobouo, écrivain-poète-juriste, président fondateur d'Africa poésie, président de la Société des poètes et artistes du Cameroun et vice-président de la Société civile des droits de la littérature et des arts dramatiques. Il avait comme membres le Pr Chantal Bonono, Arlette Chaumorcel et le Dr Mbaye Ndongo. Quatre meilleurs textes ont été choisis.

Le premier prix est revenu ainsi à "Lettre à Lumumba" de Tristell Mouanda Moussoki du Congo-Brazzaville ; "Et puis viendra l’hiver" de Nada Khairat du Maroc a obtenu le deuxième prix ; pendant que "J’ai pris le bon mot" de Cedric Daquin Awouafack du Cameroun a été classé troisième. Le quatrième prix a été décerné à " Regret noir de Alceus"  de Claude Bernard Elio du Haïti.

En attendant la cérémonie de remise de son prix qui aura lieu au Cameroun dans les tout prochains jours, Tristell Mouanda Moussoki s’est dit heureux de le remporter, tout en signifiant qu'il ne s’y attendait pas, au regard des écrivains venus des différents pays qui ont participé à ce concours.

Parlant de l’inspiration qui l’a animé à écrire ce texte sur Emery Patrice Lumumba, le jeune écrivain a déclaré : « "Lettre à Lumumba" est un texte en vers, un lyrisme marqué par la nostalgie des intempéries et la douleur perpétuelle. Le peuple congolais est sombré dans l’obscurité, il fallait qu’il y ait un poète qui brille parmi les dieux pour venir le sortir dans le désert. Je suis la lumière, il n’y a pas que Jésus-Christ qui ensemence la lumière parmi les peuples, il y a aussi les poètes... ».

Tristell Mouanda Moussoki a ajouté qu'il a choisi ce héros de la République démocratique du Congo parce qu'il est profondément marqué par la douleur qui prend corps dans ce pays et arrache le silence du peuple. « Le poète porte en lui le flambeau et c’est ce flambeau qui m’a permis de remporter le premier prix. Parce que je m’insurge contre la nuit qui prend ancrage dans le feuillage du temps. Lumumba fut un architecte de la paix. J’invoque le nom de Lumumba pour venir voir ce qui se passe actuellement en RDC, parce qu’il pleut. Ceux-là qui savent interpréter les allégories, le triangle isocèle vous diront qu’il pleut tout le temps en RDC, une pluie de sang. Je suis interpelé par ça... J’habite l’insurrection. Le grand poète Aimé Césaire, dans "Cahier d’un retour au pays natal", a dit que la poésie est une insurrection contre la poésie, donc je m’insurge contre ce qui se passe actuellement en RDC », a-t-il expliqué.  

Le texte "Lettre à Lumumba"

J’ai vu sur les collines, d’Afrique des hommes, S’éclater en particules de larmes, J’ai vu la nuit saigner au Sud Kivu comme de l’eau qui Gicle dans les moissons de la tempête, Je suis convoqué à feuilleter l’histoire pour déshabiller le silence du jour, Lumumba ! La neige est noire depuis les profondeurs du fleuve, Lumumba ! La mort parle à  mon peuple nuit et jour, Dans un continent où la politique somnole, Il me faut voler comme une Colombe pour éteindre les flammes de la guerre

Ô peuple ! Je porterai les peines jusqu’à Babylone, Ô peuple ! J’écrirai sur la carte du monde de l’étincelle du mout souffrance, Ô peuple ! Je mûrirai le soleil depuis le volcan des indépendances, Ô peuple ! Mon chant n’a plus sommeil à l’aube des rêves brisés, Parfois je vois sur ma tête des sacs en dune des maux, J’appartiens aux masques qui parleront demain, à l’heure où les mots sont dépeuplés de feu, J’appartiens à l’altérité luminaire qui prophétise la grogne des peuples, Qu’on ne brûle pas l’histoire comme on brûle une bougie, Partir, ce n’est pas revenir, Sur les mêmes incantations, Partir, c’est franchir le sommet de la pyramide, Je suis le chiffre trois de l’humanité,

Recherchez-moi dans la triangulation de la parole cosmique le surgissement de l’avenir, Recherchez-moi dans les écumes catalysées du vent, paix … Car la paix est blessée en République démocratique du Congo.

Pour ce pays, priez.

 

 

Bruno Okokana

Légendes et crédits photo : 

Photo : Le jeune poète congolais, Tristell Mouanda Moussoki

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