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AES

Samedi 30 Septembre 2023 - 19:45

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Après de longs moments de mésentente assumée et de déchirements verbeux actés, le point de non-retour entre le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la France a été atteint par la dénonciation des accords militaires liant les trois premiers pays à Paris et la création par Bamako, Ouagadougou et Niamey d’un instrument de défense commune et d’assistance mutuelle, l’Alliance des Etats du sahel-AES-.

Portée sur les fonts baptismaux le 16 septembre, l’AES est une sorte de riposte courroucée des autorités des trois pays vis-à-vis des dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest-CEDEAO-, contrariés eux aussi par l’intrusion des militaires dans l’arène politique d’une sous-région qui, à quelques exceptions près, jouissait jusque-là d’un prestige certain en matière d’alternance pacifique au pouvoir.

Depuis 2020, les Etats d’Afrique de l’Ouest auxquels il faut ajouter la Guinée-Conakry sont entrés en récession démocratique si on peut dire, balayant l’un après l’autre les régimes issus de processus électoraux. Au banc de la communauté sous-régionale, africaine et internationale depuis lors, ils se débattent à la fois (exceptée la Guinée) contre les groupes terroristes, à n’en point douter la racine de tous les maux, et tous les quatre contre leur exclusion des instances communautaires et africaines.

L’AES a ceci de commun qu’elle réunit les régimes transitoires que la force des choses a contribué à rapprocher d’autant plus que tous voient d’un mauvais œil le train des sanctions qui leur est imposé par la CEDEAO. Dénonçant par ailleurs une « main extérieure » dans la menace d’intervention militaire visant l’un d’eux, le Niger depuis le coup d’Etat du 26 juillet, ils n’ont de cesse de prendre le contre-pied de l’instance régionale déclarant qu’ils luttent pour persévération de leur souveraineté.

 Jusqu’à ce que élections se tiennent dans les quatre pays ; jusqu’à ce que gouvernements civils prennent la suite des transitions militaires en cours, la paralysie de la CEDEAO ne sera que plus visible. A moins que, tirant la leçon du fait accompli, les chefs d’Etat "constitutionnels", à travers différents canaux, prennent langue avec les militaires des quatre pays et décident de les accompagner vers la fin des régimes d’exception que la réalité du terrain semble vouer à durer encore un peu plus.

Le calendrier de la transition malienne, qui prévoyait une élection présidentielle dans le courant du mois de février prochain a glissé, et une nouvelle date attend d’être fixée. Les rumeurs de coup d’Etat au Burkina Faso sont de nature à retarder le cours de la transition ; occupés à consolider leur pouvoir les soldats nigériens ne sont certainement pas encore disposés à dessiner les contours de « leur » transition ; en Guinée tout porte à croire que beaucoup reste à faire sur le chemin du retour à l’ordre constitutionnel.

Au demeurant, l’AES que ses initiateurs disent être ouverte à d’autres pays d’Afrique de l’Ouest a le temps de se consolider dans ce sens. A moins qu’elle ne représente en tout et pour tout que l’état d’esprit transitoire d’une structure aux bonnes intentions mais que le temps de vie se mesurera aux problèmes logistiques éventuels qui l’attendent ou à la fin des querelles rageuses, un peu justifiées, ayant présidé à sa création.

Gankama N'Siah

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