Afrique centrale : l’Unesco veut faire de la culture de la paix un nouvel instrument stratégique

Mardi 18 Août 2026 - 22:44

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Face à la multiplication des crises sécuritaires, humanitaires et transfrontalières, le forum prévu du 8 au 10 septembre prochain au Burundi entend dépasser la gestion des urgences pour construire une architecture régionale durable de prévention, de dialogue et de coopération.

La paix en Afrique centrale ne pourra pas être durable si elle se limite à la réponse militaire aux conflits. C’est le message qui se dégage de la réunion préparatoire organisée récemment par le Bureau régional de l’Unesco pour l’Afrique centrale avec les secrétaires généraux des Commissions nationales pour cette institution. À deux mois du forum de Bujumbura, l’enjeu est désormais de construire une vision régionale de la paix, capable de s’attaquer aux causes profondes des crises. « Une culture de la paix ne se décrète pas du sommet ; elle se co-construit à partir des réalités, des mécanismes endogènes et des dynamiques territoriales propres à chacun de nos dix États membres », a souligné Hilaire Mputu, directeur et représentant par intérim du bureau régional de l’Unesco pour l’Afrique centrale. Cette approche prend une dimension particulière dans une sous-région confrontée à des crises qui ignorent les frontières. Les tensions persistantes dans les Grands Lacs, les conflits liés aux ressources, l’insécurité transfrontalière dans le bassin du Lac Tchad, la piraterie maritime et les trafics illicites dans le golfe de Guinée forment un continuum sécuritaire complexe. À cela s’ajoute une facture humaine considérable, avec près de 10,4 millions de personnes affectées par les déplacements forcés sous-régionaux.

De la réaction à la prévention

L’originalité du processus engagé par l’Unesco réside dans sa volonté de replacer les sociétés au cœur de la construction de la paix. Le questionnaire de diagnostic territorial présenté aux Commissions nationales doit permettre de recueillir des données concrètes, d’établir des fiches pays et d’identifier des territoires susceptibles de devenir des espaces pilotes de paix et de coopération transfrontalière. Cette démarche relève aussi d’une véritable logique d’intelligence territoriale : connaître les tensions locales, identifier les mécanismes traditionnels de médiation, repérer les facteurs de fragilité et surtout détecter les ressources sociales capables de prévenir l’escalade des conflits. Le forum s’appuiera sur quatre leviers : éducation, sciences, culture, communication et information. Une architecture qui permet d’agir simultanément sur les comportements, les connaissances, les mémoires collectives et l’environnement informationnel, notamment face aux discours de haine et aux manipulations.

Bujumbura, laboratoire régional ?

L’ambition affichée est élevée : adopter une approche régionale partagée, élaborer une feuille de route, sélectionner des territoires prioritaires et constituer un portefeuille d’initiatives structurantes. Le rendez-vous de Bujumbura pourrait ainsi devenir davantage qu’une conférence. Il peut servir de laboratoire régional, où les États, les communautés et les acteurs de la société civile expérimentent des mécanismes de prévention adaptés aux réalités africaines. La portée continentale est également assumée. Les résolutions issues du forum doivent contribuer aux travaux de la prochaine Biennale de Luanda et porter la voix de l’Afrique centrale dans le débat continental sur la paix. Dans une région où les crises sécuritaires absorbent des ressources considérables, l’Unesco propose donc un autre investissement : prévenir plutôt que réparer, transmettre plutôt que diviser, coopérer plutôt que subir. Bujumbura aura la responsabilité de transformer cette ambition en engagements mesurables.

 

Noël Ndong

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