Centrafrique : les violences se poursuivent, les Tchadiens accusés de soutenir le pouvoir

Lundi 23 Décembre 2013 - 12:18

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Alors que les musulmans accusent la France de partialité dans l’opération de désarmement qu’elle mène avec la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), une bonne partie des habitants de Bangui condamne le Tchad qui aurait « armé les ex-Séléka contre de paisibles citoyens »

Lors des rassemblements de ces derniers jours, les populations proches des anti-balaka n’ont cessé de demander le départ de l’actuel président ainsi que des soldats tchadiens. Et chaque fois, les manifestants scandent : « Pas de Tchadiens à Bangui », « Oui à l’opération Sangaris, non à l’armée tchadienne » ou encore « oui à la France, non à la Séléka ».

Les musulmans, qui estiment que le désarmement en cours dans la capitale les prive de la protection des ex-Séléka et les laisse à la merci des milices anti-balaka, exigent au contraire le départ des troupes françaises. Ce qui fait que les forces françaises et africaines sont tous les jours la cible des tirs attribués aux ex-Seléka. Les musulmans de Bangui organisent aussi des marches de protestation contre la présence française. Sur leurs panneaux, on peut lire par exemple : « Non à la France », « Hollande criminel ! », « Nous ne voulons pas de la France », ou encore « Nous ne voulons pas l’opération Sangaris! ». « La France est venue pour déstabiliser notre pays », crient certains protestataires. « C’est une opération sanguinaire, les soldats français veulent nous diviser, nous, Centrafricains. Ils nous imposent leur volonté pour nous faire tuer tous les jours. Qu’ils arrêtent! », dénoncent ces manifestants.

C’est dans ce contexte que le président tchadien, Idriss Déby Itno, a appelé les Centrafricains à ne pas confondre les mercenaires tchadiens qui, selon lui, sont soutenus par Michel Djotodia, avec les forces tchadiennes qui font partie de la Misca. Réagissant à ces propos, le représentant de la société civile centrafricaine, Gervais Lakosso, a assuré qu’il n’y avait pas de confusion à ce sujet. « Idriss Déby a dit qu’il ne fallait pas que les Centrafricains confondent les mercenaires tchadiens qui ont accompagné les Séléka et les soldats tchadiens de la Misca. Je peux le rassurer : il s’agit bel et bien des soldats tchadiens qui posent problème. Les Tchadiens qui sont dans la Séléka, ils sont dans un autre registre, on les connaît. Mais ce sont les soldats réguliers du Tchad, ceux qui sont venus faire le maintien de la paix en Centrafrique, qui posent problème », a-t-il déclaré.

Gervais Lakosso a ajouté : « Les Tchadiens, à la moindre occasion, ils ont la gâchette facile […]. C’est comme s’ils étaient là pour défendre la communauté tchadienne et pour appuyer la Séléka. Ils font peur aux gens. » Il a en outre assuré que les Centrafricains n’étaient pas xénophobes. Tout en relevant que la solution à la situation était d’ordre politique, le représentant de la société centrafricaine a dit qu’Idriss Déby Itno pouvait assurément y remédier : « Il a de très bonnes relations avec le président Djotodia et tous les chefs de guerre de la Séléka et peut leur demander d’arrêter les hostilités. On a besoin que le président Déby use de son influence pour dire aux Séléka d’arrêter et que l’ancien président [centrafricain] Bozizé, par exemple, use de son influence pour dire aux anti-balaka d’arrêter. »

Le 22 décembre, le chargé de mission à la présidence centrafricaine, Abakar Sabone, a, dans une déclaration, noté que la France était « partisane » dans son intervention en Centrafrique. Cet ancien chef de faction de la Séléka a averti que si cette situation ne changeait pas, la population musulmane mettrait tout en œuvre pour procéder à la partition du pays. « Dans un délai d’une semaine, a-t-il souligné, nous allons prendre la décision que tous les nordistes musulmans rentrent dans le Nord et allons demander la scission de la République en deux, Nord et Sud. »

Pour Simplice Kodégué, porte-parole du président Michel Djotodia, la déclaration d’Abakar Sabone n’engage nullement le chef de l’État centrafricain. « Nous mettons cela sur le compte de la colère, nous entendons cela, mais il est hors de question que cette chose-là puisse se passer. Le chef de l’État est très clair : il n’y aura jamais la sécession en Centrafrique, il n’en sera même jamais question », a-t-il précisé.

Notons que devant l’accroissement des affrontements entre chrétiens et musulmans et entre ethnies rivales en Centrafrique, la communauté internationale continue de saluer l’intervention de la France en appui à la Misca. Elle estime que la responsabilité première de protection des populations incombe aux autorités de transition de RCA. Des appels sont maintes fois lancés à l’endroit des autorités de transition, aux groupes armés, aux leaders communautaires et à l’ensemble des Centrafricains à faire preuve de retenue pour ne pas entrer dans un cycle d’attaques et de représailles violentes.

Nestor N'Gampoula