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Corde sensible

Mercredi 6 Octobre 2021 - 19:21

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Depuis toujours, Paris et Alger, deux capitales aux destins croisés, mettent beaucoup de précaution dans la conduite de leurs relations bilatérales. Arrosées comme leurs nombreux voisins par la méditerranée, la France et l’Algérie ont une histoire commune construite dans le sacrifice et le désir partagé de raffermir leur coopération même s’il se dresse, comme une digue, cette volonté increvable de ne pas oublier le passé, chacun gardant pour siennes les vérités du chemin semé d’écueils qu’ils parcourent ensemble depuis de longues décennies.

On l’aura compris, entre les deux pays, la moindre prise de parole considérée comme malveillante dans l’une et l’autre métropole, sièges de leurs institutions publiques, peut suffire à polluer l’atmosphère, parfois sur une longue période. Malgré cela, pour tant de choses qu’ils ont en commun, Français et Algériens trouvent, à chaque passage d’un vent violent, l’occasion de se parler. Fréquemment, une visite d’Etat patiemment préparée est venue remettre les choses en ordre donnant lieu à la célébration par les deux parties d’une amitié qui mérite d’être davantage portée à son meilleur niveau de compréhension.

Le couple franco-algérien est donc, si on peut dire, de ceux dont le ménage ne ménage pas les récriminations mais tient bon. Un peu dans le genre où l’engagement pris devant l’officier d’état-civil est le régime des biens séparés. Ces dernières semaines, quelques actes épousant l’air du temps, mais relevant fondamentalement des questions de souveraineté nationale, secouent l’axe Paris-Alger. Passe l’hommage solennel aux harkis organisé en France, le 20 septembre, sous l’égide du président de la République, Emmanuel Macron, et fraîchement accueilli de l’autre côté de la méditerranée, la réduction de moitié du nombre de visas accordés aux Algériens par la France est certainement la goutte d’eau qui a fait se tanguer le vase.

En convoquant l’ambassadeur de France, le 29 septembre, pour cette « affaire » de visas, et en rappelant le sien à Paris, pour « consultations », le 2 octobre, après des propos « inacceptables » attribués au chef de l’Etat français sur la guerre d’indépendance, Alger a monté la pression à un niveau tel qu’il faudra beaucoup d’explications de part et d’autre avant un apaisement espéré par tous. Une torsion appelant une autre, la décision des autorités algériennes d’interdire le survol de leur territoire par les avions militaires français est une autre façon de dire qu’elles sont sérieusement en colère.

Quand les cordes de la diplomatie se tendent, les diplomates doivent se mettre au travail pour rétablir la confiance. A l’heure où, en plus d’être une menace planétaire, la lutte contre la menace djihadiste dans le Sahel occupe tous les pays de la région ainsi que leurs partenaires occidentaux en tête desquels se trouve la France, la tension actuelle entre Paris et Alger tombe mal. Elle peut, en effet, avoir des répercussions à court et moyen terme sur la poursuite des opérations antiterroristes. Pour ajouter au doute ambiant, le dossier « Wagner », du nom de cette société de sécurité civile russe qui se serait rapprochée du Mali où campent les soldats de Barkhane, devient la corde sensible de l’engagement français dans cette partie du continent. Très sensible !

Les Dépêches de Brazzaville

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