Interview. Thembo Kashauri : « Après plus de trente ans dans le métier, nous pensons de plus en plus à passer la main »

Samedi 6 Août 2022 - 17:57

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Cadre inspirant pour le dessin, le Jardin botanique de Kinshasa, tenu par l’artiste pour l’un des îlots de tranquillité du centre-ville, a abrité le second module d’un stage lancé l’an dernier en faveur de douze jeunes dessinateurs kinois. Rencontré à sa clôture le 5 août, le caricaturiste nous a fait part des contours de la formation soutenue par la Fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung et dont il était l'un des animateurs en qualité de membre de l’Association des dessinateurs de presse (Adep).

Thembo Kashauri, dit Kash (Adiac)

Le Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Peut-on connaître la raison de votre présence au Jardin Botanique entouré d’une douzaine de jeunes dessinateurs  ?

Thembo Kashauri (T.K.)  : Nous avons choisi ce lieu pour animer un stage débuté l’année dernière à destination des jeunes qui s’intéressent à la caricature. C’est dans le cadre d’un projet de l’Adep, l’Association des dessinateurs de presse, que j’ai l’honneur de diriger cette année, soutenu par la Fondation Friedrich Ebert. Il vise à assurer un transfert de compétences. Après plus de trente ans dans le métier, nous pensons de plus en plus à passer la main. Quand une occasion se présente de discuter avec des jeunes désireux d’apprendre un nouveau métier, nous n’hésitons pas à le faire.

L.C.K. : Comment avez-vous constitué le groupe de stagiaires en formation  ?

T.K. : Au départ, nous avions organisé un concours à partir duquel ont été sélectionnés ceux qui ont participé au premier stage. Douze s’étaient bien appliqués, nous les avons rappelés pour poursuivre cette année car à la fin du premier stage, ils ont émis le vœu de le prolonger estimant que la formation avait porté juste sur les notions élémentaires. Ils ont tenu à continuer l’expérience en vue d’en savoir plus ainsi nous avons demandé à ceux qui en ressentaient la nécessité de maintenir le contact, nous voir et nous montrer ce qu’ils réalisaient entretemps. L’an dernier nous avions produit un catalogue qui reprenait les œuvres des stagiaires et des formateurs, dans lequel ils étaient mis en avant. Il y avait également eu une exposition qui leur avait été dédiée au nouveau musée. Puis, devait suivre l’exposition des formateurs, les caricaturistes professionnels, nous allons la réaliser cette année. D’autre part, la Fondation s’est souvenue du souhait des jeunes de poursuivre le stage de sorte que notre exposition est couplée avec un second module de formation organisé dans la suite du premier tenu l’an passé.  Thembo Kash assurant la formation de jeunes dessinateurs (Adiac)

L.C.K. : Combien de temps a duré ce second module ? Et comment a-t-il été organisé  ?

T.K. : Nous avons travaillé pendant huit jours, du 25 juillet au 5 août. Nous l’avons clôturé aujourd’hui. Nous allons produire un nouveau catalogue commun qui reprendra les travaux des stagiaires et les nôtres, nous le réaliserons ensemble. Il y aura ensuite une exposition dont le vernissage est prévu pour le 25 août au musée.    

L.C.K. : Les formateurs sont-ils des professionnels, caricaturistes attitrés des journaux de la place ? En quoi a consisté le stage qu’ils ont animé  ?

T.K. : C’est exact ! Les formateurs sont des professionnels de la caricature qui travaillent dans les médias locaux. Nous avions organisé les modules en fonction de nos compétences. Au premier stage, nous avons commencé par le commencement, s’étant rendus compte, après leur sélection, que les dessinateurs n’avaient pas le même niveau. Il fallait proposer une formation pour niveler les niveaux, leur apprendre l’abc du métier. Nous avons commencé par le dessin, leur expliquer ce qu’est le dessin humoristique, le dessin réaliste, pourquoi fait-on le dessin de presse, à quoi il sert et quelle en est l’origine, comment le fait-on. Il a fallu aussi leur expliquer la part de responsabilité du dessinateur dans la production de ses œuvres. Il jouit certes d’une liberté d’expression mais il doit respecter les lois qui règlementent le métier. L’on ne peut pas calomnier, ni raconter des histoires fausses même si l’on caricature les faits. Pour ce premier module, nous étions alliés au journaliste Yves Kalikat qui s’est chargé de leur expliquer en quoi consistait son métier parce que le caricaturiste est aussi d’une certaine manière un journaliste. Il leur a donné les notions élémentaires utiles à connaître. Dans le second module, nous avons continué seuls parce que les stagiaires ont la vocation de devenir des dessinateurs de presse et pas des éditeurs d’articles.

Propos recueillis par Nioni Masela

 

 

Nioni Masela

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Thembo Kashauri, dit Kash (Adiac) Photo 2 : Thembo Kash assurant la formation de jeunes dessinateurs (Adiac)

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