Lire ou relire : « Le Pleurer-rire » d’Henri Lopes

Vendredi 7 Octobre 2022 - 12:55

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« Le Pleurer-rire » a été publié par Henri Lopes aux éditions Présence Africaine à Paris, en 1982. Ce récit fictionnel de 315 pages est devenu un classique de la littérature africaine, livre au programme scolaire au Congo.

 

 

L'ouvrage peint la figure du prototype de dictateur en la personne de Tonton Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé. Dès son accession au pouvoir, cet ancien baroudeur qui y arrive à la suite d'un coup d'État militaire instaure un régime de parti unique. Un régime autoritaire associé à une dictature militaire.

Les absurdités, les violences et les dérèglements du dictateur nourrissent l’action de cette narration à plusieurs niveaux. L’ironie cinglante de l’auteur qui parcourt les pages de ce roman n’a pour raison que la mise en évidence du saccage des régimes totalitaires. Une façon de châtier la présomption des dictateurs de par le monde. Ces tribulations outrancières à l’encontre de son peuple seront sources de profondes frustrations.

Une Constitution est un contrat entre le peuple et son représentant chargé de la faire respecter. Hélas ! Tonton est sans foi ni loi. Ainsi, il fait de la torture une arme de dissuasion massive contre toute forme de rébellion. En effet, les arrestations arbitraires se soldent par des tortures et quelque fois la mort. Tel fut, en guise d’exemple, le sort de l’opposant Yabaka. Il est à noter que le régime de Tonton Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé s’accoude sur l’armée et sur son service de renseignements coordonné par un Français au nom de Monsieur Gourdain.

Le récit est narré par le maître d’hôtel de Tonton Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé, témoin oculaire des fréquentes atrocités et débordements. Ce dernier, qui souligne avec ironie les bonds et rebondissements situationnels, fait de cette œuvre littéraire, dont la trame découle notamment des drames de l’autoritarisme, un récit ayant pour base notamment le descriptif. Parmi tant d’autres maux, l’immoralité sexuelle règne dans ce pays imaginaire à commencer par Tonton. Son épouse, Ma Mireille, brille par l’infidélité conjugale. Soukali suit ses traces. Le maître d’hôtel, le confident du président, se livre à cœur joyeux à la débauche avec Ma Mireille, Madame Berger, Soukali et Cécile. Le tribalisme oppose les Djabotama, ethnie du président, et les Djassikini. Injuste, le président choisira de s’entourer des siens.

À la fois caustique et tragique, cette œuvre dense montre les conséquences néfastes de la folie humaine d’un personnage qui arrive au pouvoir à la suite d'un coup d'État militaire, puis finit par s’imposer en utilisant les moyens déloyaux dont les meurtres, la répression sévère de l’opposition, les fraudes électorales. Dans ce pays fictif où les droits humains ne sont nullement pris en compte, la souffrance du peuple empire avec le temps.

Aubin Banzouzi

Légendes et crédits photo : 

La couverture de l'ouvrage

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