Littérature : Émeraude Kouka remet au goût du jour le mythe de la femme de la luneMardi 28 Juillet 2026 - 9:35 Sous les lumières du hall de l’Institut français du Congo, le silence n’était pas tout à fait rendez-vous dans l’après-midi du 24 juillet. Il avait la densité des "mbongui" où l’on écoute un ancien raconter le monde. Autour de la présentation-dédicace de son premier roman On n’osera plus bronzer à poil sur les balcons, Émeraude Kouka n’a pas seulement éclairé le public venu nombreux sur les contours de son troisième ouvrage, mais a ouvert une porte entre le réel et l’invisible.
Au cœur du roman se tient un vieux mythe congolais, celui de « Ndona Kidiba », la femme que l’on apercevrait dans la pleine lune, un enfant au dos et un fagot de bois sur la tête. Une légende entendue par l’auteur durant son enfance, puis retrouvée dans les écrits de Caya Makhélé avant d’être enrichie par de longues recherches sur le royaume Kongo. « Je remets au goût du jour un mythe qui semblait oublié », explique Émeraude Kouka, convaincu que la tradition orale ne survit qu’en acceptant d’être réinventée sans être dénaturée. Le jeune Géraud, héros du roman, est le premier à voir cette mystérieuse femme que les adultes refusent de croire. À partir de cette certitude enfantine, l’histoire glisse vers un univers où le fantastique infiltre progressivement le quotidien. « Habituellement, c’est le réel qui fissure l’imaginaire. Moi, j’ai voulu que ce soit l’imaginaire qui fissure le réel », résume l’auteur. Juriste de formation, conseiller aux Arts et aux Lettres, critique d’art, Émeraude Kouka voit dans la littérature un espace privilégié où l’on ne trouve aucun masque social, aucune autocensure : seule la quête du « mot juste ». « C’est le seul espace de liberté où l’on peut être soi-même », affirme-t-il.
Au fil des échanges avec le public, une évidence s’est imposée : derrière l’histoire de la femme de la lune, c’est une réflexion universelle qui se dessine. Le patrimoine culturel, rappelle l’écrivain, participe lui aussi au développement d’un peuple en nourrissant son intelligence collective. « Aujourd'hui, nos imaginaires se construisent beaucoup autour des imaginaires européens et je trouve que ce livre vient un peu nous réancrer dans la culture et nos propres rites, rituels ou nos imaginaires », a déclaré Franchesca Bel, artiste congolaise. Au terme de la séance par les échanges et la vente-dédicace du livre, chacun a semblé repartir avec une prise de conscience et une étrange sensation. Celle d’avoir retrouvé les yeux de l’enfance. Et, peut-être, l’envie irrépressible de fouiner dans nos mythes ou de lever la tête lors de la prochaine pleine lune, pour vérifier si, là-haut, quelqu’un habite vraiment l’astre argenté. Merveille Jessica Atipo Légendes et crédits photo :1- En haut, Émeraude Kouka, auteur du livre, et Obambe Gakosso, modérateur, discutant autour du roman « On n’osera plus se bronzer à poil sur les balcons» ; en bas, une vue des participants /Adiac
2- Lors de la séance-dédicace du livre /Adiac Notification:Non |


D’une voix captivante, presque professorale, le poète devenu romancier est revenu à l’origine de son aventure commencée en décembre 2016 et achevée pendant le confinement de 2020. Six années supplémentaires auront pourtant été nécessaires à Émeraude Kouka avant la publication du roman On n’osera plus bronzer à poil sur les balcons aux éditions Vénus d’ébène. « J’ai supprimé les quarante-neuf premières pages », confie-t-il, sourire discret, en discussion avec Obambe Gakosso, modérateur de la rencontre littéraire. Le perfectionniste a préféré sacrifier de belles phrases plutôt que de trahir le rythme de son récit.
L’auteur revendique également une autre ambition à travers ses œuvres : déplacer le regard porté sur la littérature congolaise. Sans renier les récits sur les guerres, la colonisation ou l’immigration, il choisit d’explorer le fantastique, un registre encore peu fréquent dans les lettres d’expression française, tout en l’ancrant dans les paysages, les rues, les croyances et les noms du Congo.








