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Pauvre ou riche, qui suis-je ?

Mardi 16 Juin 2026 - 12:15

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Dans les conversations courantes comme dans les analyses économiques, la notion de richesse est souvent sujette à confusion. En République du Congo, comme dans de nombreux pays africains, l’apparence du niveau de vie est fréquemment utilisée pour qualifier une personne de riche : véhicule de luxe, villa imposante, personnel domestique, générosité affichée ou train de vie élevé. Pourtant, les économistes distinguent la richesse réelle de l’aisance temporaire. Dans ces conditions, comment distinguer le riche du pauvre, tant ces critères sont aléatoires ?

La richesse ne se mesure pas uniquement à travers le revenu mensuel ou les signes extérieurs de prospérité. Elle repose avant tout sur l’existence d’un patrimoine solide et capable de produire des revenus durables dans le temps.

« Un individu est véritablement riche lorsqu’une partie significative de ses revenus provient de ses actifs et non exclusivement de son travail ou de sa position sociale », expliquent de nombreux spécialistes de l’économie patrimoniale.

En revanche, on considère qu’un homme est pauvre lorsqu’il n’est pas fonctionnaire ou travailleur avec un revenu mensuel. Etre locataire, prendre le transport en commun pour aller au travail, ne pas avoir ses enfants inscrits dans une école privée de renom peut être perçu comme un signe de pauvreté. La réalité peut être différente, confère notre tribune sur l’économie de l’émotion. 

Cette distinction est particulièrement importante dans les économies où l’activité publique et politique occupe une place prépondérante. Certains responsables, cadres ou personnalités bénéficiant d’une proximité avec les centres de décision peuvent disposer, à certaines périodes, de revenus importants et d’un niveau de vie élevé. Cependant, lorsque ces ressources dépendent essentiellement de fonctions administratives, de nominations ou d’avantages liés à une position politique (Ministres, conseillers, directeur général d’une grande société, etc.), leur caractère durable reste souvent incertaine.

L’histoire économique de nombreux pays montre que les revenus liés à l’exercice du pouvoir ou à la proximité avec les cercles décisionnels peuvent disparaître rapidement à la faveur d’un changement de fonction, d’un remaniement ou d’une alternance. Dans ce cas, le niveau de vie observé ne reflète pas nécessairement une richesse patrimoniale durable.

À l’inverse, un entrepreneur, un propriétaire foncier ou un investisseur disposant d’immeubles locatifs, de terrains valorisés, d’actions ou d’autres actifs productifs peuvent continuer à percevoir des revenus indépendamment de leur statut professionnel ou politique. C’est cette capacité à générer des ressources dans la durée qui constitue l’un des principaux marqueurs de la richesse.

Selon plusieurs études internationales, le patrimoine immobilier représente aujourd’hui plus de 60 % de la richesse des ménages dans de nombreux pays. Les revenus locatifs, les placements financiers et les investissements productifs constituent ainsi des indicateurs plus fiables que les seules dépenses de consommation.

Dans le contexte congolais, un ménage propriétaire de plusieurs biens immobiliers produisant des loyers réguliers, disposant d’investissements rentables et percevant des revenus diversifiés peut être considéré comme appartenant à la catégorie des ménages aisés ou riches. En revanche, un niveau de consommation élevé financé principalement par des revenus liés à une fonction temporaire ne constitue pas nécessairement un indicateur de richesse durable.

La différence entre l’aisance et la richesse réside donc dans la solidité des fondations économiques. L’aisance peut être conjoncturelle ; la richesse, elle, repose sur un patrimoine transmissible et capable de résister aux aléas de la vie professionnelle ou politique.

À l’heure où les débats sur les inégalités et l’émergence d’une classe moyenne africaine prennent de l’ampleur, cette distinction mérite d’être mieux comprise. Car au-delà des apparences, la véritable richesse demeure celle qui survit au temps, aux changements de fonctions et aux fluctuations du pouvoir.

 

Emmanuel Mbengué

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Édition Quotidienne (DB)

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