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Sam'Ovhey

Samedi 4 Décembre 2021 - 17:28

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Ainsi, jeudi 2 décembre, l’animateur dans les années 1970-1980 de la captivante chronique « Le courrier du pèlerin » sur Radio-Congo, rappelé à Dieu quelques jours plus tôt, a été porté en terre au cimetière du centre-ville de Brazzaville, en présence de sa famille éplorée. Pour l'avoir connu durant mes années de Fac et, plus tard, dans ma vie professionnelle, je retiens de Guy-Noël Sam’Ovhey Panquima qu’il était un homme habité par une certaine idée de perfection. Il avait une certaine passion pour l’accomplissement, sans doute beaucoup trop pour ne pas paraître pointilleux aux yeux de certains et d’approche difficile pour d’autres. La perfection, on le sait, est une qualité introuvable, le risque étant qu’à force de la rechercher, on produise son contraire.

De ce que l’on a entendu dire, Sam’Ovhey n’aurait toujours pas été « tendre » avec ses étudiants. Parions que ces derniers ne l'étaient à leur tour pas non plus avec lui et, rarement de vive voix, le lui rendaient chaque fois qu’ils en avaient l'occasion par un foison de regards déviés quand ils le voyaient exercer ou passer sa route. Un enseignant « affectueux » en termes de distribution de « bonnes notes », il peut y en avoir un lot là où l’on ne veut pas s’élever par l’effort. Et même dans ce cas de figure-là, élèves et étudiants, inlassablement astucieux, trouveront à redire !

Homme à la stature forte, heureusement pour lui, les effronteries distillées dans les regards évoqués plus haut n’empruntaient guère le détour de l’outrage. Guy-Noël Sam inspirait de la retenue. On peut dire qu’il était paternaliste, cherchant toujours à mieux être accepté et compris des autres. Ayant inscrit jeune son nom en journalisme, avec le talent qu’on lui connaissait, surtout en matière de radio et de télévision, n’éprouvait-il pas une certaine absence de reconnaissance au point d’en souffrir au moins passablement sans le déclarer ? A ses cours, on en apprenait, en effet, à la fois sur la leçon du jour et sur ses propres parcours.  

Guy-Noël Sam avait-il des amis ? Sur sa « short-list », on se souviendrait possiblement d’un certain Michel qu’il a le plus célébré dans « Le courrier du pèlerin ». Michel était-ce réellement son ami ou le caprice autorisé par le métier de journaliste-chroniqueur qu’il avait tant aimé ? Je n'ose pas m’avancer plus loin sur ce terrain inconnu pour moi. Mais Michel, ce fut sans doute « Monsieur tout- le-monde », haut-placé ou citoyen du peu, porteur de choses et d’idées qu’il maniait avec talent.

Au fond, l'un des derniers doyens à continuer de dispenser les enseignements au parcours des sciences et techniques de la communication de la Faculté des lettres, arts et sciences humaines à Marien-Ngouabi, de longues années après sa retraite, savait aussi composer. Il était souvent passé aux Dépêches de Brazzaville saluer ses anciens étudiants, la plupart des journalistes sur place l'ayant eu comme enseignant. Dans nos échanges, je lisais sur son expression une part de satisfaction mêlée à une agréable surprise de savoir que les jeunes sur lesquels jadis son jugement en tant que formateur balançait entre « peut mieux faire », « doit encore attendre », façonnant des perceptions, avaient mûri et devenaient avec leurs forces et leurs faiblesses, des professionnels de l’information et de la communication.

Il nous témoignait son admiration, nous obtenions enfin de le prendre en interview, privilège qui fut le sien quand il travaillait à la radio et à la télévision congolaises, tenant à peu près à ne pas l’envisager dans le sens contraire. Il est certain que chez nous comme dans d’autres médias qu’il a dû visiter, chacun de ses interlocuteurs avait sa propre opinion sur le maître qu’il fut, peut-être même une certaine fixation. Les hommes parfaits ? On mettra longtemps à les réunir sur la place publique d’autant plus qu’il est difficile, en faisant la part des choses, de savoir du nombre qui sort des ventres de nos mamans combien survivent aux infortunes de la vie. Guy Ovhey, va ton chemin !

Gankama N'Siah

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