Somalie : le pays transformé en pivot stratégique de la Corne de l'Afrique par WashingtonDimanche 2 Août 2026 - 19:15 Derrière la lutte contre les Shebab et l'État islamique, la visite du commandant d'Africom, le général Dagvin R. M. Anderson, révèle une bataille d'influence beaucoup plus vaste. Entre rivalités avec la Chine, présence russe grandissante et sécurisation des routes maritimes mondiales, la Somalie s'impose comme l'un des principaux théâtres géostratégiques du XXIe siècle. La rencontre entre le président somalien, Hassan Sheikh Mohamoud, et le nouveau commandant du Commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom), le général Dagvin R. M. Anderson, dépasse largement le cadre d'une simple réunion de coopération militaire. Elle traduit le repositionnement stratégique de Washington dans une Corne de l'Afrique redevenue l'un des espaces les plus disputés de la compétition mondiale. Officiellement, les échanges ont porté sur la lutte contre les Shebab, affiliés à Al-Qaïda, la branche locale de l'État islamique, le renforcement des capacités des forces somaliennes et la stabilisation du pays. Mais, dans les cercles diplomatiques et militaires, cette visite s'inscrit dans une stratégie beaucoup plus ambitieuse : empêcher que la Somalie ne bascule dans la sphère d'influence de puissances concurrentes. La Corne de l'Afrique contrôle, en effet, l'un des principaux carrefours du commerce international. Les détroits de Bab el-Mandeb et les routes reliant le canal de Suez à l'océan Indien voient transiter une part essentielle des échanges mondiaux, des hydrocarbures et des marchandises entre l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie. Toute déstabilisation de cette région constitue un risque majeur pour les chaînes logistiques internationales. Pour Washington, la menace ne se limite donc plus au terrorisme. Elle est également géopolitique. La Chine consolide progressivement son implantation économique et militaire dans la région, notamment à Djibouti où elle dispose de sa première base militaire outre-mer. Les pays du Golfe renforcent eux aussi leur présence portuaire et financière, tandis que la Russie cherche à multiplier ses partenariats sécuritaires sur le continent africain. Dans ce contexte, la Somalie devient un verrou stratégique. Africom poursuit ainsi une approche multidimensionnelle combinant frappes aériennes ciblées, partage du renseignement, formation des forces spéciales Danab, modernisation des capacités militaires et accompagnement institutionnel des forces de sécurité somaliennes. Les coulisses de cette coopération montrent également une évolution importante de la doctrine américaine. Après plusieurs années d'hésitations sur son engagement militaire en Afrique, Washington privilégie désormais un modèle de partenariat avec les armées nationales plutôt qu'un déploiement massif de troupes américaines. L'objectif est de bâtir des forces locales capables de contenir durablement les groupes jihadistes tout en limitant l'empreinte militaire directe des États-Unis. Pour Mogadiscio, ce partenariat représente un enjeu de survie. Les Shebab conservent une importante capacité de nuisance, financée par des réseaux de taxation, de contrebande et d'extorsion qui alimentent une véritable économie parallèle. Leur affaiblissement conditionne non seulement la sécurité nationale, mais aussi la relance économique, le retour des investissements étrangers et l'exploitation des importantes ressources offshore que recèle le littoral somalien. La visite du général Anderson envoie enfin un message aux partenaires et aux adversaires des États-Unis : Washington n'entend pas abandonner la Corne de l'Afrique. Derrière la coopération antiterroriste se joue une compétition stratégique mondiale où sécurité, routes maritimes, influence diplomatique et contrôle des futurs corridors énergétiques s'entremêlent. Plus que jamais, la Somalie apparaît comme l'un des points de bascule de la géopolitique africaine contemporaine. Noël Ndong Notification:Non |











