UAT 2026 - Secrétariat général : la candidature congolaise en attente de consécration diplomatique

Jeudi 16 Avril 2026 - 15:43

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Un homme, un programme, une ambition continentale. Et une question qui mérite d'être posée : le Congo a-t-il mis en place l'architecture diplomatique qu'exige vraiment la compétition pour les postes africains de premier rang ?

Il y a dans cette histoire quelque chose d'étrange. Un ingénieur congolais d'envergure continentale parcourt l'Afrique de Kinshasa à Cape Town, d'Alger à Conakry, de Dakar à Rabat, portant la bannière d'un numérique africain souverain et inclusif. À chaque étape, comme à Genève, à New York, dans les instances onusiennes et des rencontres diplomatiques de haut niveau, des distinctions honorifiques, des panels et des initiatives qui confirment la stature du personnage. L'écosystème numérique francophone, dans sa grande majorité, l'a déjà rallié. Et pourtant, lorsqu'on consulte la liste des candidatures officiellement enregistrées auprès de l'Union africaine des télécommunications (UAT) - page officielle consacrée à la CPL‑2026 -, le nom de Luc Missidimbazi n'y figure pas. Que se passe-t-il ?

Un élan incontestable

Pour comprendre le paradoxe, il faut revenir au point de départ. C'est en mai 2025, en marge de la 9e édition du Salon Osiane à Brazzaville, que Luc Missidimbazi a officiellement déclaré sa candidature au poste de secrétaire général de l'UAT. L'annonce fait effet. La machine se met en marche. Deux semaines plus tard, la délégation congolaise porte officiellement la candidature lors de la 26e session ordinaire du Conseil d'administration de l'UAT tenue à Dakar au Sénégal.

Le profil du candidat est solide. Ingénieur en télécommunications fort de plus de 25 ans d'expérience, il a conduit des projets majeurs dans les domaines du haut débit, de la régulation et de la transformation numérique, en Afrique comme en Europe. Conseiller du Premier ministre congolais, directeur Broadband à l'Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE), président du Fonds pour l'accès et le service universel des Communications électroniques (FASUCE) et fondateur du Salon Osiane, plateforme d'innovation et d'échanges technologiques devenue incontournable en Afrique centrale, Luc Missidimbazi n'est pas un inconnu dans les cercles qui comptent.

Sa tournée africaine de la fin 2025 le confirme. De Kinshasa à Cape Town, en passant par Dakar, Rabat, Alger et Conakry, cette mobilisation continentale a confirmé la crédibilité de sa vision et l'intérêt croissant qu'elle suscite auprès des instances africaines.

L'anomalie institutionnelle

C'est là que le bât blesse. Car il existe une distance réelle entre la visibilité médiatique d'une candidature et son existence formelle dans les registres d'une institution panafricaine. Pour accéder à la liste officielle des candidats à la tête de l'UAT, le dossier doit transiter obligatoirement par le ministère des Affaires étrangères de l'État candidat, qui en assure la transmission à l'institution.

Or, selon la page officielle consacrée à la CPL‑2026 mentionnant une liste de candidatures reçues, le constat est posé sans détour : le candidat congolais ne figure pas parmi les candidatures officiellement enregistrées. Que se passe-t-il ?  À ce jour, aucune information précise sur les blocages de cette présentation de candidature n'a été officiellement relayée.

Ce qui rend la situation particulièrement interpellante, c'est que les obstacles habituels semblent avoir été levés. La candidature bénéficie du soutien affiché du gouvernement congolais. Un déplacement en Algérie s'est fait avec une délégation conduite par deux ministres. Sur le plan financier, l'ARPCE se serait acquittée de l'intégralité des arriérés de cotisation du Congo à l'UAT, réglant une dette de dix ans, précisément pour lever toute question de recevabilité. Toutes les conditions semblaient réunies.

Trois pistes pour comprendre

Plusieurs lectures de cette situation sont possibles, aucune n'étant exclusive des autres.

La première pointe vers la chaîne diplomatico-administrative. La transmission formelle d'un dossier à une institution africaine relève du ministère des Affaires étrangères, avec ses propres délais, ses propres arbitrages de priorité et ses propres calendriers. Dans la compétition pour les postes institutionnels africains, les candidatures les mieux portées sont celles qui bénéficient d'un suivi actif, soutenu, quasi-militant de la part de la diplomatie nationale. Une mobilisation insuffisante de cet appareil peut suffire à faire rater une échéance administrative, aussi solide que soit le dossier lui-même.

La deuxième lecture est géopolitique. L'UAT regroupe 46 États membres. Comme toute institution africaine, elle est traversée par des équilibres d'influence entre blocs régionaux, entre États à fort poids diplomatique et d'autres moins représentés dans les couloirs de négociation. Il n'est pas exclu que des candidatures concurrentes, portées par des pays disposant d'une plus grande capacité de lobbying institutionnel, aient pesé sur le traitement administratif du dossier congolais.

La troisième piste est celle du calendrier. Le scrutin pour désigner le nouveau secrétaire général est prévu en juillet prochain. Il reste donc une fenêtre d'intervention. L'absence sur une liste provisoire n'est pas nécessairement définitive, à condition que les démarches correctives soient engagées avec la rapidité et la détermination que la situation commande.

Une ambition qui ne se résigne pas

La note de campagne précise néanmoins que « l'ambition du candidat reste la même ». Luc Missidimbazi lui-même n'a pas, à ce jour, commenté publiquement cette situation, un silence qui peut relever de la discrétion stratégique autant que de la prudence diplomatique. Sa communication reste résolument tournée vers sa vision. Rendre l'UAT plus visible et plus stratégique, accélérer le renforcement des capacités sur le continent, mobiliser des financements durables pour les infrastructures numériques et faire de l'institution une plateforme ouverte reliant gouvernements, universités, startups et secteur privé, voilà ce qu'il porte, et ce que ses interlocuteurs africains entendent.

Il serait regrettable que cette vision se perde dans les méandres d'un processus que la diplomatie congolaise a encore la capacité de corriger. Parce que la vraie question qui se pose, au fond, n'est pas celle du candidat. C'est celle de l'État derrière lui.

Quentin Loubou

Légendes et crédits photo : 

Le votre du secrétaire général est prévu en juillet 2026 / DR

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