Jean-Paul Pigasse, la passion de la presse et de l’Afrique

Vendredi 17 Juillet 2026 - 11:30

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 112%

Version imprimable

Il a accompagné la modernisation de plusieurs titres, dont « Les Échos » et « L’Express », et fondé un quotidien congolais, « Les Dépêches de Brazzaville ».

Il a été l’un des grands patrons de presse de la fin du XXe siècle et un ambassadeur de cœur de l’Afrique dans l’Hexagone. Jean-Paul Pigasse est décédé samedi 11 juillet, à 86 ans.

Né à Toulouse, ce diplômé de droit et de sciences politique embrasse très tôt la carrière de journaliste. Il fait ses armes au sein de la rédaction du quotidien local, La Dépêche du Midi, où il se spécialise dans les questions de politique étrangère. Il prend ensuite la tête du service politique d’Entreprise, un hebdomadaire économique contrôlé par le groupe Hachette, avant d’en devenir rédacteur en chef et éditorialiste. Il y reste jusqu’à sa fusion, en 1975, avec les Informations industrielles et commerciales (Havas). Opposé à ce rapprochement, qui donne naissance au Nouvel Économiste, il claque la porte. Il crée ensuite la première banque de données économiques française, EDS International, dont plusieurs grands patrons français deviennent actionnaires. Le jeune journaliste se fait alors remarquer par Jacqueline Beytout, propriétaire des Échos, qui l’embauche.

Jean-Paul Pigasse s’impose progressivement comme son bras droit, formant de nombreux jeunes journalistes. Il l’incite à diversifier ses activités via l’acquisition d’un journal spécialisé, Panorama du médecin, dont il devient le patron et l’artisan de son redressement. « Il a eu de l’influence aussi bien sur l’éditorial, le management et la modernisation des Échos, résume Jean-Clément Texier, spécialiste des médias, qui a été l’un de ses proches. Il avait un charisme exceptionnel et une grande facilité de plume. »

« Avec Jacqueline Beytout, ils ont vraiment fait des Échos le grand quotidien économique qu’il est aujourd’hui », renchérit un bon connaisseur du secteur. Pendant des années, c’est lui qui a signé l’éditorial de la rédaction, sous le pseudonyme « Favilla ».

Son parcours aux Échos, dix années durant, attire l’attention de Jimmy Goldsmith, flamboyant patron de presse britannique. Ce dernier lui confie la direction de L’Express, dans une passe difficile. Jean-Paul Pigasse se lance alors dans la modernisation du journal, au travers notamment de l’informatisation des rédactions. Il pilote ensuite brièvement le magazine Points de vue. « Il a su se mettre dans le sillage de très grands patrons de presse tout au long de sa carrière », commente Jean-Clément Texier.

Au milieu des années 1990, sa rencontre avec Béchir Ben Yamed, fondateur de Jeune Afrique, change sa vie. Il prend les commandes du titre, qu’il sauve de la faillite. Surtout, Jean-Paul Pigasse tombe amoureux de l’Afrique, et en particulier du Congo. « Il a eu deux vies, celle de patron de presse et d’amoureux de l’Afrique », confirme un proche. Béchir Ben Yamed lui fait découvrir le pays et l’un de ses dirigeants, Denis Sassou N'Guesso, dont il devient le compagnon de route. La fibre entrepreneuriale le rattrape. Il crée sa propre entreprise de presse, l’Agence d’information d’Afrique centrale (Adiac), puis lance Les Dépêches de Brazzaville, un quotidien généraliste, l’œuvre de sa vie, qui reste une référence dans le pays.

Il y a deux ans encore, Jean-Paul Pigasse participait sur place à la conférence de rédaction. « Il a épousé la cause de l’Afrique, éperdu de sa littérature et de sa culture, jusqu’à ouvrir une librairie consacrée au Congo à Paris », raconte ce proche. Il passait deux semaines par mois dans sa patrie d’adoption, où sa disparition a fait les titres du journal télévisé. Jean-Paul Pigasse était convaincu que « l’information peut être un instrument de dialogue, de compréhension et de rapprochement entre les peuples », salue son ami Kenneth Johnson, président du Comité Europe-Afrique.

Passionné de géopolitique, Jean-Paul Pigasse, oncle du banquier d’affaires Matthieu Pigasse, a écrit ou coécrit plusieurs ouvrages, notamment sur la défense européenne et la presse. « Le passé ne l’intéressait pas, poursuit Jean-Clément Texier. Ce qui l’intéressait, c’était de se projeter dans l’avenir. » Une curiosité que ce père de sept enfants a eu à cœur de transmettre à ses nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Par Keren Lentschner, Le Figaro

Légendes et crédits photo : 

Jean-Paul Pigasse, loué pour son « charisme exceptionnel » et sa plume / DR

Notification: 

Non