Coopération : une nouvelle politique militaire française en Afrique se dessine

Mardi 7 Mars 2023 - 13:57

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Le nouveau modèle de partenariat impliquant une « montée en puissance » des armées africaines sera mis au point d’ici le 14 juillet prochain, selon des sources proches de l’Elysée. Cette démarche sera focalisée sur la réorganisation des effectifs sur le continent, comme l’assure le président français, Emmanuel Macron, qui vient d’achever une tournée africaine de cinq jours en Afrique centrale, notamment au Gabon, en Angola, au Congo et en République démocratique du Congo.

Pour le chef de l’Etat français qui plaide ces derniers temps en vue d'un réel partenariat sécuritaire avec les Etats africains face à la progression des groupes djihadistes, la réduction de la présence militaire française qu’il a annoncée, le 27 février à Paris, ne sera « ni un retrait, ni un désengagement ». Il s’agit « d’adapter ce dispositif » en tenant compte de l’évolution des menaces et des « besoins » des pays partenaires et en offrant plus de « coopération et de formation », a-t-il expliqué à Libreville.

Le réaménagement envisagé concerne les bases françaises à Libreville, Abidjan et Dakar, mais pas celle de Djibouti plus tournée vers les partenariats de l’océan Indien. Il implique « la présence de davantage de militaires régionaux sur nos bases et donc de partager, de cogérer ces bases », a poursuivi Emmanuel Macron. Ce qui revient à dire qu’après le départ des forces françaises du Mali, la France est maintenant encline à réduire sa présence militaire sur le continent et à mettre en avant les opportunités de coopération via ses écoles, ses instituts, ses formateurs, ses entreprises.

Dans son discours prononcé la veille de sa récente tournée africaine, le président français avait déclaré que « La transformation débutera dans les prochains mois avec une diminution visible » des effectifs dans les bases des Etats partenaires. Cette réorganisation, avait-il abondé, « se traduira, en effet, par (...) une africanisation, une mutualisation » des grandes bases.

« Vous aurez une réduction du nombre de nos militaires qui s’accompagnera d’une montée en charge de leurs partenaires africains en fonction des besoins qui seront définis et précisés » dans les prochaines semaines, confiait-il. « Ces bases ne seront pas fermées, mais elles seront transformées, elles deviendront pour les unes des académies, pour les autres des bases mais partenariales. Elles seront pour certaines rebaptisées, elles vont changer de physionomie, de logique d’empreintes », avait précisé le président français.

Le dispositif militaire français sera réarticulé vers le golfe de Guinée

La nouvelle politique militaire française qui sera concrétisée prochainement suscite déjà des réactions. Hassane Koné, chercheur à l’Institut des études de sécurité à Dakar, pense que « la diplomatie française doit être à l’écoute » des demandes des pays africains. « Depuis dix ans, la situation sécuritaire des pays du Sahel se dégrade, de jour en jour. Si on sollicite un appui en équipements et que la France ferme la porte, ces pays vont se tourner vers la Russie, la Chine et la Turquie », a-t-il soutenu. Et d’ajouter : « la France doit aussi apporter la preuve de son attachement à sa relation avec l’Afrique en particulier dans le contexte de la guerre en Ukraine. Car, l’attention accordée aux Ukrainiens suscite chez les Africains beaucoup d’interrogations sur ce que, eux, représentent pour les Français ».

De son côté, Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales, relève que l’approvisionnement en matériels militaires est « un point clé ». Mais cette demande est difficilement audible pour des pays comme la France « étant donné que certains pays sahéliens commettent des exactions contre la population civile », a-t-il fait remarquer.

Malgré le fait qu’elle veut réduire sa présence militaire en Afrique, la situation sécuritaire dans le golfe de Guinée retient l’attention de la France. Les autorités françaises avaient annoncé, il y a un an, vouloir discuter avec les Etats de cette région menacés par les djihadistes pour mettre au point une nouvelle relation. Sans donner de détails sur ces négociations avec les pays du golfe de Guinée, le président français les a invités à exprimer « leurs besoins sécuritaires et militaires ». « De manière très claire, les besoins sont là », a souligné récemment Emmanuel Macron, citant la piraterie maritime, l’orpaillage clandestin, les « crimes environnementaux liés au trafic de stupéfiants ».

Signalons que la France déploie encore quelque 3 000 militaires en Afrique, notamment au Niger et au Tchad, après y avoir compté jusqu’à 5 500 hommes, au moment de la concentration sur la lutte contre les groupes terroristes au Sahel. Elle entend réarticuler son dispositif vers des pays du golfe de Guinée, gagnés par la poussée djihadiste, et être moins visible sur le terrain.

 

 

 

Nestor N'Gampoula

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