Diplomatie: Moscou accélère sa présence en AfriqueVendredi 10 Juillet 2026 - 13:22 La nouvelle tournée africaine du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, confirme une évolution majeure de la stratégie de Moscou sur le continent. Après avoir longtemps fondé son retour en Afrique sur les questions sécuritaires, la Russie cherche désormais à bâtir une influence multidimensionnelle, articulée autour de l'énergie, des infrastructures, de la diplomatie économique et de la coopération militaire. Les étapes d'Addis-Abeba puis de Niamey illustrent cette montée en gamme. En Éthiopie, Moscou ne s'est pas contenté de réaffirmer une coopération historique. Les discussions autour de la future centrale nucléaire civile témoignent d'une ambition plus profonde : s'inscrire durablement dans la transformation industrielle de la première économie de la Corne de l'Afrique. Pour Addis-Abeba, confrontée à une demande énergétique en forte croissance, le nucléaire constitue un levier de diversification face à une dépendance quasi exclusive à l'hydroélectricité, fragilisée par les aléas climatiques et les tensions régionales autour du Grand Barrage de la Renaissance. Pour la Russie, ce projet représente bien davantage qu'un contrat énergétique. Il ouvre la voie à une relation de long terme fondée sur le transfert de technologies, la formation, la maintenance et le financement, autant d'éléments qui renforcent durablement son empreinte stratégique. Parallèlement, Moscou consolide son partenariat militaire avec Addis-Abeba. Formation des forces armées, modernisation des équipements et appui au développement d'une future marine éthiopienne traduisent la volonté russe d'accompagner les ambitions régionales de ce pays enclavé, qui revendique un accès à la mer Rouge. Dans une région où convergent les intérêts des États-Unis, de la Chine, de la Turquie, des Émirats arabes unis et des puissances européennes, cette présence russe accroît la compétition géostratégique autour de l'un des principaux carrefours maritimes mondiaux. La seconde étape de Lavrov, au Niger, revêt une portée tout aussi stratégique. En participant aux consultations diplomatiques de la Confédération des États du Sahel, Moscou confirme son soutien aux nouvelles autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger, devenues ses principaux partenaires en Afrique de l'Ouest après le retrait progressif de la France et le repositionnement de plusieurs partenaires occidentaux. Au-delà de la coopération sécuritaire, la Russie cherche désormais à accompagner l'Alliance des Etats du Sahel dans ses projets économiques, miniers, énergétiques et diplomatiques. L'objectif est de démontrer qu'elle peut offrir une alternative globale aux modèles traditionnels de coopération. Cette offensive intervient alors que la concurrence entre puissances s'intensifie sur le continent. Chine, États-Unis, Union européenne, Turquie, pays du Golfe et Russie multiplient les investissements et les initiatives diplomatiques pour sécuriser l'accès aux ressources stratégiques, aux marchés africains et aux grands corridors commerciaux. La tournée de Sergueï Lavrov illustre ainsi une recomposition profonde des rapports de force internationaux. Pour Moscou, l'Afrique n'est plus un simple théâtre diplomatique périphérique : elle devient l'un des piliers de sa stratégie d'influence dans un monde multipolaire, où énergie, sécurité, technologies et partenariats politiques constituent désormais les principaux leviers de puissance. Noël Ndong Notification:Non |











