Fraude à la SIM box : un sixième réseau démantelé à Brazzaville

Mercredi 26 Août 2026 - 20:58

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L'Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a présenté, le 25 août, les résultats du démantèlement d'un nouveau réseau de fraude téléphonique dans le quartier Massengo, à Brazzaville. Une opération qui porte à six le nombre de sites neutralisés depuis le début de l'année, et qui a permis au régulateur de détailler les rouages d'une fraude dont l'ampleur économique, lorsqu'elle se prolonge dans le temps, peut se chiffrer en centaines de millions de francs CFA.

Le 21 août, les agents assermentés de l'ARPCE, appuyés par la force publique, ont investi une parcelle du quartier Massengo (Domaine), après l'avoir localisée grâce à leur équipement de géolocalisation. Deux SIM box de seize ports chacune y ont été découvertes, ainsi qu'un modem D-Link, un ordinateur portable et un système de recharge automatique de batterie. Trente numéros ougandais ont été formellement identifiés comme frauduleux. Deux personnes ont été interpellées dans le cadre de cette enquête.

Selon les estimations présentées lors du point de presse, ce seul réseau a occasionné un préjudice d'environ 42 millions FCFA en deux mois, pour 422 645 minutes détournées. En extrapolant ce montant aux six réseaux démantelés depuis le début de l'année, Benjamin Mouandza, directeur des Réseaux et services de communications électroniques (DRSCE) de l'ARPCE, a souligné l'ampleur potentielle des pertes si ces installations étaient restées opérationnelles. Une estimation qui ne constitue toutefois pas un bilan financier consolidé des six réseaux, a-t-il précisé, mais qui illustre l'ampleur économique que peut prendre la fraude lorsqu'elle se prolonge dans le temps. À titre de comparaison, les deux réseaux démantelés en mai dernier à Congo Chine et à Coraf, à Pointe-Noire, avaient occasionné un préjudice de 136 millions FCFA pour plus de 800 000 minutes siphonnées.

Le mode opératoire, lui, reste identique : des appels internationaux à destination du Congo sont réacheminés via Internet vers des cartes SIM ougandaises en itinérance, puis terminés sur le réseau national comme de simples appels locaux, ce qui permet de contourner la taxe de terminaison internationale. « Ces fraudeurs utilisent des cartes SIM étrangères parce qu'ils n'arrivent plus à en acquérir en grand nombre au Congo, du fait de l'exigence d'identification des abonnés », a expliqué le DRSCE. Les cartes utilisées, a-t-il précisé, restent installées sur des serveurs délocalisés et bénéficient de tarifs préférentiels en itinérance, ce qui permet aux réseaux frauduleux de proposer des tarifs de terminaison très inférieurs à ceux pratiqués par les opérateurs officiels, la marge se faisant sur le volume de minutes détournées.

Un accord en préparation avec l'Ouganda

Interrogé sur la coopération internationale, le DRSCE a reconnu qu'aucun accord ne lie encore l'ARPCE à son homologue ougandais, pays d'origine des cartes SIM saisies à Massengo, comme lors des opérations de mai. « C'est un début d'accord qu'on va lancer avec l'Ouganda, cela va faciliter les échanges entre régulateurs, sans même passer par Interpol », a-t-il annoncé, rappelant que des accords bilatéraux existent déjà avec les régulateurs de la République démocratique du Congo, de l'Angola, du Gabon et du Cameroun. Il n'a pas exclu l'existence de complices à l'étranger, un volet de l'enquête désormais confié à la police et au parquet.

Sur le plan judiciaire, Benjamin Mouandza a rappelé que la législation congolaise relative aux communications électroniques prévoit des sanctions pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement, ainsi que des amendes dont les montants peuvent atteindre un milliard FCFA, selon les infractions retenues. L'ARPCE insiste, par ailleurs, sur le respect de l'identification des abonnés. Pour le directeur, la vente et l'utilisation de cartes SIM non identifiées constituent un facteur qui peut faciliter certaines activités frauduleuses, d'où l'appel lancé aux opérateurs et à leurs distributeurs à davantage de rigueur, et au grand public à signaler tout appel suspect au régulateur.

Avec ces deux démantèlements enregistrés à Massengo depuis mai, la lutte contre les réseaux SIM box prend une nouvelle dimension. Au-delà de la saisie des équipements et de l'interpellation des exécutants, l'enjeu est désormais de remonter les filières, d'identifier les éventuels commanditaires et de renforcer la coopération entre régulateurs africains, afin de réduire durablement les possibilités de contournement du réseau télécom national.

Quentin Loubou

Légendes et crédits photo : 

Benjamin Mouandza, le DRSCE, et Sara Ndeke, conseillère en communication du directeur général de l'ARPCE / Adiac

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