Interview. Guy Gervais Bouanga: '' La diversification de notre économie hors pétrole est un défi majeur"

Mercredi 26 Août 2026 - 22:31

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimable

Secrétaire permanent honoraire du dialogue économique privé-public, Guy Gervais Bouanga  est expert en management stratégique, consultant en climat de facilitation commerciale et conseiller principal du Cabinet conseil GGB Consulting. Dans un entretien exclusif accordé aux Dépêches de Brazzaville, il fait une analyse édifiante sur le climat des affaires au Congo.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : En tant qu’expert en dialogue économique public-privé, pouvez-vous nous situer sur les relations entreprise-pouvoirs publics au Congo ?

Guy Gervais Bouanga (G.G.B.) : Il est important de souligner que la politique du gouvernement tient à faciliter le climat commercial et à rendre le pays de plus en plus attractif aux investissements privés, lui permettant de se hisser au rang des pays réformateurs et cela aura des répercussions positives sur la croissance économique. En effet, le Congo pourra retrouver la croissance des années 2007-2013. La diversification de notre économie hors pétrole est un défi majeur. Un élément important à souligner lors de l’élaboration du Plan ntional de développement (PND) 2022/2026, une part importante fut attribuée au secteur privé à plus de 70 % dans la participation économique de notre pays et ce sera la même tendance au prochain (PND). Il est attendu que les réformes structurelles doivent se poursuivre dans les secteurs piliers de notre économie portant une croissance du produit intérieur brut à hauteur de 5 % et occuper une place au classement mondial de l'indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement, par la contribution progressive du secteur primaire et de l’agriculture. Nous constatons qu'il existe encore des obstacles qui ne facilitent pas toujours la vie des entrepreneurs au Congo.

L.D.B. : Au nombre de ces écueils, il y a bien entendu l’informalité. Qu’en dites-vous ?

G.G.B. : La majorité des travailleurs opère dans ce que nous appelons l’économie productive ou informelle. L’informalité touche aussi les secteurs clés de l'économie que sont le commerce, l'industrie, et les services. L'industrialisation est encore moyenne au Congo, tout comme le faible niveau de formation du capital humain alors qu'il existe encore la corrélation entre le niveau d'études et la qualité de l'insertion professionnelle; un système d'emploi non efficace avec des disparités de genre; un faible système de régulation du marché du travail; une dimension genre de la pauvreté; les femmes auto-entrepreneures; le chômage persistant des jeunes lié à un secteur privé peu développé; une faible efficacité des politiques nationales d'emploi. Dans l’ensemble, le chômage touche davantage les catégories suivantes: les personnes de niveau d'études supérieures, les jeunes, etc. Une inadéquation du système scolaire par rapport aux besoins du marché du travail, notamment les attentes des employeurs du secteur privé, l'insuffisance d'infrastructures nationales pour absorber les jeunes non scolarisés dans la formation professionnelle…

L.D.B. : Face à ce tableau peu reluisant, quelle peut être la sortie du tunnel pour le secteur privé ?

G.G.B. : Un effort doit être fait dans l’intégration du dialogue public-privé dans les plans et les stratégies sectorielles de développement, l’établissement et le maintien d'un vrai partenariat public-privé, l’élaboration d'une feuille de route et d'un agenda pour le dialogue public-privé au niveau national, la prise en compte effective des besoins des partenaires du secteur privé dans les stratégies sectorielles de développement, le renforcement des institutions étatiques, notamment l'évaluation du cadre juridique et réglementaire en matière de création et de formalisation des entreprises dans le secteur formel. La conception permanente des réformes vise à améliorer le climat des affaires, le renforcement du rôle de l'État en tant que garant de la paix, de la sécurité et de la bonne gouvernance, le respect des accords avec les partenaires sociaux, indépendants et responsables, le renforcement des capacités des partenariats sociaux, la mise en place d'un plan de communication pour réduire les déficits de communication entre les secteurs public et privé. Il faut aussi ajouter à cela  la création des centres de formation et d'apprentissage aux métiers d'autoentrepreneur pour les jeunes déscolarisés, la création d'un climat favorable à l'investissement en accordant des incitatifs, par exemple, favoriser l'accès au crédit à des taux d'intérêt bonifiés et des conditions de réservation souples et flexibles, l’établissement d'un vrai partenariat entre l’État et le secteur bancaire pour encourager les financements et les investissements au niveau national, notamment la promotion de l'auto emploi chez les jeunes et chez les femmes, la politique axée sur la création d'emplois formels, l’établissement d'un vrai partenariat institutionnel entre l’État et le secteur privé et les représentants des collectivités territoriales pour soutenir et favoriser la création des emplois générateurs de revenus en milieu rural et encourager le développement des coopératives agroalimentaires. En tout état de cause, les partenaires financiers ou au développement doivent trouver des mécanismes visant la bonne gouvernance, le respect des accords…

L.D.B. : De nombreuses entreprises ont du mal à passer de l’informel au formel, quelles solutions préconisez-vous pour elles ?

G.G.B. : Toute société est appelée à se formaliser pour être en harmonie avec les textes réglementaires du pays et ceux régissant le secteur entrepreneurial. Pour ce faire, nous recommandons la  mise en place d'une politique de transition des unités de production informelle vers le secteur formel, la mise en place des instruments incitatifs et également des instruments dissuasifs, le développement d'un cadre législatif institutionnel solide et efficace, la mise en place annuelle des réformes structurelles sectorielles visant la facilitation du climat des affaires et l'amélioration de la vie des entrepreneurs, notamment au niveau de la fiscalité du permis de construire et de la création de l'entreprise, le développement des instruments de garantie pour favoriser l'accès au crédit des jeunes et des femmes, en particulier présentant des projets économiquement générateurs de revenus et d'emploi.

L.D.B. : Pour conclure, quelles autres mesures envisagez-vous en vue de l’amélioration du climat des affaires au Congo ?

G.G.B. : L’arsenal juridique et réglementaire existe, il faut juste le redynamiser autour du ministère de la promotion du secteur privé. Nous en voulons, pour exemple, la mise en place de la loi du 25 mars 2011 créant le Haut conseil du dialogue public-privé dont la présidence de la République assurait la coordination. Cet organe permettait de proposer des mesures qui permettraient la mise en place des réformes pour la facilitation des affaires. Mais suite à une légère léthargie, le gouvernement décida de créer deux organes pour la facilitation du climat des affaires : le Haut conseil du comité interministériel du climat des affaires, présidé par la Premier ministre, organe qui gère le climat des affaires dont le secrétariat permanent est assuré par la Direction générale de la promotion du secteur privé (Décret n 2017 /42'du 28 Mars 2017) et le Comité national de concertation entre le secteur privé et les administrations publiques (Décret 2018 -348 du 27 août 2018). Le Haut conseil est toujours assuré par le Premier ministre, organe principal du dialogue public-privé. Nous noterons aussi le rôle crucial de l'Agence pour la promotion des investissements (Loi n° 19/2012 du 22/08/2012) qui est la vitrine essentielle des investissements internes et externes du Congo. Nous devons également réactualiser la proposition du livre blanc de l’organisation patronale majeure Unicongo, écrit en 2021. Signalons qu’entre la période 2018-2023, il y a eu un accord du gouvernement congolais pour un projet d’appui au développement des entreprises et à la compétitivité dont une des composantes qui en faisait partie est  Appui règlementaire et institutionnel pour le renforcement de l'environnement des affaires ( Réforme du climat des investissements et dialogue public privé ). La promotion ciblée est  la facilitation et le suivi des investissements nationaux et étrangers. Et  il y a eu des résultats probants sur le dialogue public-privé et le suivi des investissements.  Pour la réforme du climat des investissements, il y a  encore des efforts à faire. Un vrai dialogue public-privé paraît ainsi nécessaire et impératif pour que ces organes et  ce cadre d’échange soient profitables à tous. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Hervé Brice Mampouya

Légendes et crédits photo : 

Guy Gervais Bouanga, expert en management commercial / DR

Notification: 

Non