Interview. Joël Mankenda: " Le pays dispose déjà d’atouts industriels importants pour accueillir des projets innovants des Congolais de l’étranger"Vendredi 28 Août 2026 - 20:44 Membre de la délégation des Congolais de l’étranger ayant participé à la récente immersion en République du Congo, Joël Mankenda, connu sous le nom de Joël Mank, revient sur une expérience qu’il qualifie de particulièrement enrichissante. De Brazzaville à Pointe-Noire, en passant par Oyo et plusieurs sites économiques, industriels et naturels, cette immersion lui a permis de mieux cerner les réalités du pays, d’en mesurer les potentialités et d’identifier les opportunités d’investissement susceptibles d’intéresser la diaspora. Entretien.
Joël Mank (J.M.) : Le bilan est extrêmement positif. Cette immersion nous a permis de passer d’une perception parfois distante du pays à une connaissance plus concrète des réalités du terrain. Elle nous a également donné l’occasion de mesurer le potentiel économique du Congo ainsi que la volonté d’accueil et d’accompagnement des initiatives portées par la diaspora. L.D.B. : De Brazzaville à Pointe-Noire, en passant par Lamba et Oyo, vous avez découvert plusieurs sites économiques, industriels et naturels. Quels sont les éléments qui vous ont le plus marqué ? J.M. : J’ai été particulièrement marqué par le dynamisme des infrastructures, la diversité des territoires et les potentialités qu’offre le pays. Cette immersion m’a surtout conforté dans l’idée que la République du Congo dispose déjà d’atouts industriels et logistiques importants pour accueillir des projets innovants portés par les Congolais de l’étranger. L.D.B. : Vous êtes porteur d’un projet dans le domaine de la santé visuelle. Pouvez-vous nous en présenter les grandes lignes et expliquer en quoi il pourrait contribuer au renforcement de la souveraineté sanitaire du Congo ? J.M. : Le projet Mank Optical Group vise à implanter une unité locale spécialisée dans la fabrication et le surfaçage de verres optiques sur mesure. L’objectif est de produire directement en République du Congo une partie des équipements nécessaires à la prise en charge des problèmes de vision. Cette production locale contribuerait à réduire notre dépendance aux importations et à renforcer progressivement notre autonomie technologique et sanitaire. L.D.B. : Votre projet prévoit notamment la mise en place d’un laboratoire de surfaçage de verres, le développement du dépistage visuel et un meilleur accès aux lunettes. Quelles retombées concrètes envisagez-vous pour la population et le système de santé national ? J.M. : Nous voulons agir sur plusieurs leviers. Il s’agit d’abord de réduire les délais d’attente et de rendre les équipements optiques plus accessibles. Le développement de campagnes de dépistage pour tous, avec un accent dans le monde scolaire, permettra également d’identifier plus précocement certains troubles visuels. Enfin, le projet devrait contribuer à la création d’emplois qualifiés pour la jeunesse congolaise, précisément dans les métiers liés à l’optique de précision. Bien voir n’est pas un luxe : c’est le droit de tout un chacun. L.D.B. : Au regard de ce que vous avez pu observer sur le terrain, quelles sont, selon vous, les principales potentialités que les Congolais de la diaspora pourraient davantage valoriser ? J.M. : Je citerais notamment la transformation locale, la santé, la technologie et la logistique. La République du Congo dispose de nombreux secteurs dans lesquels l’expertise technique, les capitaux et le transfert de compétences de la diaspora peuvent permettre de créer une véritable valeur ajoutée. Il faut désormais davantage passer de l’intention à la réalisation de projets structurants. L.D.B. : Quels sont les principaux défis qu’il faudrait, à votre avis, lever pour permettre la concrétisation de votre projet d’investissement au Congo ? J.M. : Il faut notamment fluidifier les procédures administratives, sécuriser la chaîne logistique nécessaire à l’importation des matières premières et mettre rapidement en place des dispositifs de formation professionnelle adaptés. La disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constitue un élément déterminant pour assurer la réussite et la pérennité de ce type de projet. L.D.B. : Au-delà de votre propre initiative, quel rôle la diaspora peut-elle jouer dans le développement économique et social de la République du Congo ? J.M. : Je salue à nouveau la détermination du chef de l’Etat Denis Sassou N’Guesso; du Premier ministre, Anatole Collinet Makosso; et de notre ministre de tutelle, Constant-Serge Bounda, à vouloir associer la diaspora en tant que pont stratégique de développement entre la République du Congo et le reste du monde. Elle peut apporter des capitaux, transférer des compétences et contribuer à la création d’industries durables. Son rôle ne doit donc pas se limiter à l’apport financier : elle doit également participer au transfert de savoir-faire et à la construction d’une économie davantage indépendante. L.D.B. : Quel message souhaitez-vous adresser aux Congolais de la diaspora qui hésitent encore à investir, à entreprendre ou à revenir au pays ? J.M. : Je leur dirais de ne pas attendre que toutes les conditions soient parfaites pour agir. Le terrain appartient à ceux qui apportent des solutions concrètes. Il faut venir sur place, observer les réalités, identifier les besoins, structurer les projets et bâtir pour notre pays. Toute ma jeunesse, j’ai entendu répéter que « l’Afrique est le futur ». Mais à force de projeter l’Afrique dans le futur, nous oublions parfois de construire aujourd’hui. C’est donc maintenant qu’il faut agir. Si nous ne posons aucune pierre aujourd’hui, nous ne bâtirons rien demain. L’Afrique ne deviendra ce futur auquel nous aspirons que si nous avons le courage de la façonner dans le présent. N’attendons plus : agissons dès maintenant pour préparer et garantir le lendemain.
Propos recueillis par Marie Alfred Ngoma Légendes et crédits photo :Joël Mank Notification:Non |


Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Vous avez participé à la récente immersion de la diaspora en République du Congo. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?








