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Les retrouvailles de Paris

Samedi 13 Novembre 2021 - 16:23

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A ceux qui doutaient encore que la paix est indispensable au développement, le double rendez-vous du week-end dernier à Paris est là pour le leur prouver. La capitale française a, en effet, accueilli, du 11 au 13 novembre, successivement un forum mondial sur la paix et une conférence internationale sur la Libye. Organisée en présence d'une trentaine de chefs d'Etat, la première réunion était consacrée à la santé, au climat et au numérique, trois axes primordiaux pour des Etats préoccupés de relancer leurs économies durement frappées par la crise sanitaire de covid-19.

Au cœur d’une avalanche de conférences pour des causes que l’on peut ainsi qualifier de nobles, Paris en profite sans doute pour étaler sa visibilité car il en a la prestance et même les moyens légaux. Sa place au cœur de l’Europe comme acteur diplomatique de premier plan est importante, et quand il regarde vers l’Afrique, sa longue histoire avec le continent a beau traverser de nombreuses zones de turbulences, celles-ci ne le desservent pas toujours à long terme. Allant d’un allié à l’autre, Paris perd et gagne presque à tour de rôle. Par exemple, alors qu’il est brouillé avec Bamako, la restitution des trésors béninois dans le courant de la semaine dernière l’a quasiment relancé avec Cotonou.

Le forum mondial sur la paix a bien entendu permis à la France de sceller la réconciliation avec des partenaires avec lesquels les derniers mois n'ont pas été chaleureux. L'affaire des sous- marins australiens et le sommet Afrique-France du 8 octobre auquel les jeunes et la société civile avaient été préférés aux chefs d'Etat africains ont fortement bousculé les protocoles entre la France et les Etats-Unis et entre la France et l'Afrique. On a bien perçu ces larges sourires entre chefs d’Etat et de gouvernement immortalisés par la presse. Au fond, même quand elles sont hautement « diplomatiques », ces accolades comptent beaucoup pour le public qui les ingurgite. Elles envoient un message de courtoisie irremplaçable pour dégeler les climats trop glacés.

La Libye ? Tout bien considéré, c’est un dossier sur lequel, tel un rocher en pleine mer, tant de navires viennent échouer. L'Union africaine, l'Allemagne, les Nations unies, la France ont jusqu'à ce jour tenté de détricoter l'imbroglio libyen sans suite. Le pari que se sont fixés les chefs d'Etat conviés à la conférence internationale en objet est d'obtenir que la présidentielle du 24 décembre se tienne et que tous les acteurs libyens en acceptent l'issue. Ce serait une belle amorce de sortie de crise. Elles n'ont pas totalement tort ces voix demeurées circonspectes sur la mise en branle de ce processus en dehors de toute concertation nationale qui aurait permis aux Libyens de se parler enfin.

La démarche de Paris est sans doute de vouloir qu'un gouvernement issu des urnes s’entoure de la légitimité qui lui permettra de parler au nom de tous pour le compte de toute la Libye. Il semble tout de même, et ce n’est pas le moindre des écueils que toutes les puissances ayant partie liée à la crise libyenne, à ses débuts il y a dix ans et à son enlisement depuis lors ne soient pas jusque-là parvenues à parler le même langage. Leurs prises de parole sont toujours à peu près tendues. Aujourd’hui comme hier, si les Libyens ne prennent pas les devants pour siffler la fin de la récréation, leur pays verra se multiplier des mains tendues sans qu’aucune ne soit en mesure d’amarrer solidement le bateau Libye à quai.   

Gankama N'Siah

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