Débat littéraire : "Les mystères du monde pénitencier" à l'ordre du jour

Dimanche 10 Août 2014 - 11:30

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C’est dans le cadre des traditionnels "Vendredis des arts et des lettres", organisés par l’Union nationale des écrivains, artistes et artisans du Congo (Unéac), que  cet ouvrage écrit par Célestin Tanda, et publié en 2013 aux éditions l’Harmattan-Congo, a fait l’objet des débats devant la crème d’intellectuels et hommes de lettres congolais à la préfecture de Brazzaville

Ce récit de 93 pages écrit au passé simple et à la première personne du singulier, raconte l’histoire d’un jeune camerounais, Pierre Mugumby, qui, en quête d'aventure et d'une meilleure condition sociale dans son pays, s’est rendu à Johannesburg. Dans cette ville, il tombe entre les mains d'un compatriote, dealer invétéré. Un jour, pour avoir décroché le téléphone de cet ami et accepté sa proposition, il se retrouve à la prison. Incapable de s’offrir une liberté conditionnelle difficilement négociée par son avocat, Pierre Mungumby est transféré à tort à la prison de Sun City dans la ville de Johannesburg en Afrique du Sud. C’est là qu’il découvre l'horreur des geôles sud-africaines.

En effet, si certaines conditions d’incarcérations sont bonnes, à savoir, bénéficier d’un lit, du manger, du temps de détente, etc…, le risque d’agression n’est, cependant pas prévenu par les autorités sud-africaines. Ainsi donc, dans ce livre, Célestin Tanda, auteur de cet ouvrage, dénonce des pratiques malsaines : homosexualités, prostitution au masculin pour beaucoup de prisonniers qui tiennent à trouver de quoi manger, en se livrant à d’autres prisonniers.

Le principal personnage, en prison, consolide sa foi en Dieu et clame son innocence. C’est pourquoi, ses prières finissent par porter des fruits, il sort de prison et ses proches revendiquent que justice soit faite. Mais lui, hanté par la piété, rejette cette option. Il retrouve son train-train de vie normale et le sourire.

Des réactions sur l’ouvrage

Pierre Ntsemou, a été le premier à réagir : « On est frappé par l’univers carcéral décrit par le décor de la première page du livre au fond marron. Une page sombre et la quatrième de couverture où la lumière apparaît comme si l’auteur avait retrouvé sa liberté, sa lumière. Au cœur de la prison de Sun City, la trame narrative est vraisemblable », affirme Pierre Ntsemou, qui a par la suite fait parler l’auteur aux pages 53 et 59.

« La souffrance qui sévit à Sun City nous fait croire que nous sommes en enfer. Le luxe de cette prison est trompeur », lit le critique littéraire à la page 53. « Le mariage entre individu du même sexe est tabou en Afrique. La pratique de l’homosexualité est quotidienne dans la prison », ajoute Pierre Ntsemou, en lisant la page 59 et décrivant au public cet enfer psychologique qu’est l’enfer de Sun City.

Intervenant à son tour, Ramsès Bongolo a estimé que le récit de ce livre est haut, si haut que Célestin Tanda, n’est pas un poète mais un cameraman qui propose des images aux spectateurs. Le récit fait place aux scénarios. « C’est une bande dessinée en noir et blanc sur lequel chacun devrait mettre des couleurs, à sa manière. De la page 71 à la page 79, le récit est converti en essai. Ce récit présente la méchanceté de l’homme qui s’exerce notamment, dans l’univers carcéral. Célestin Tanda décrit la cité de la haine qu’est la prison, l’innocence naïve qui conduit souvent en prison », 

La prison n'est pas toujours un enfer...

Quant au sujet de son incarcération, Célestin Tanda affirme : « La prison n’est pas toujours ce que l’on pense, c’est-à-dire un endroit mauvais, un enfer. La prison est bien au contraire un endroit sacré et béni. Les grands hommes sont passés par là : Nelson Mandela, Lumumba. Si vous la prenez mal, vous n’allez jamais mesurer son bien ; mais si vous la prenez bien, elle vous enseignera. Avant, je savais que Dieu existait, c’est en prison que je me suis fortifié. Je peux même dire que j’ai découvert Dieu. Je savais qu’il fallait prier Dieu… Même si je suis innocent du crime qui m’emmène en prison, d’une manière ou d’une autre, je ne suis toujours pas innocent. »

Célestin Tanda qui dit avoir écrit ce livre avec le cœur, est né au Cameroun le 14 janvier 1983. Il évolue actuellement dans l’équipe congolaise de Rugby.

Bruno Okokana

Légendes et crédits photo : 

Photo : la couverture du livre Les mystères du monde pénitencier