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Abidjan, le 17 juin

Samedi 5 Juin 2021 - 18:45

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L’annonce du retour en Côte d’Ivoire de l’ancien président, Laurent Gbagbo, recentre les projecteurs de l’actualité sur ce pays. Le 17 juin, jour de ce comeback que ses partisans attendaient de longue date, ouvrira une nouvelle page de l’histoire du pays de Félix Houphouët Boigny. Celle que vont encore écrire les filles et fils de cette nation en quête de réconciliation avec elle-même.

Ce que les peuples sont, c’est aussi cela : pleurer et rire. Lors de la crise postélectorale de 2010-2011, du sang, des larmes, de la sueur avaient répandu le désespoir, les Ivoiriens interrogeaient leur avenir et se demandaient ce qu’ils avaient fait au bon Dieu. Dix-Onze ans, jour pour jour, après ce saut dans l’inconnu précédé par tant de signes avant-coureurs, ils semblent tout oublier des sacrifices endurés dans les camps qui soutenaient les deux principaux protagonistes du conflit, les présidents Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo.

Les « GOR », entendu les « Gbagbo ou rien », c’est-à-dire tout ce qui récapitule l’attachement indéfectible à l’ancien président acquitté par la Cour pénale internationale-CPI-, il y a plusieurs mois, se préparent à la grande fête. Cela devra se traduire par une forte mobilisation à travers le pays. Il s’agit de saluer le retour du leader, mais aussi ce qui est considéré par les fidèles comme une victoire retentissante contre les accusions de crime contre l’humanité portées contre lui durant la crise rappelée plus haut.

Ce que ces « GOR » devraient retenir, et nous le disons sans prétention, c’est que l’on ne sort pas indemne de la CPI même quand on en a été acquitté. Etre soumis à interrogatoires multiples pendant de longs mois, être confronté à des témoins à charge pendant une si longue période, plaider son innocence sans être toujours compris à la première, la deuxième, la troisième audience, en un mot être privé de sa liberté d’aller et venir aussi longtemps, finit par faire de vous un homme ou une femme différent de ce que vous étiez avant. Les Saintes-écritures aiment la formule : « naître de nouveau ». A moins que…

Ceci pour dire que les partisans du président Gbagbo pourront imaginer tous les scénarii d’accueil possibles pour saluer son retour, que lui-même pourrait verser une larme en foulant le sol de son pays le 17 juin. Le temps de ces célébrations passé, il se rappellera qu’il est adoré par les siens, que pour cela il a le droit d’être heureux, mais en même temps, il ne s’empêchera pas de se convaincre d’une chose et même témoigner : certains de ses compatriotes ont souffert de l’avoir porté, ou de ne l’avoir pas fait. Mais ce sont tous des Ivoiriens, ils ont besoin de paix.

N’anticipons rien des précautions d’usage que prendront les autorités ivoiriennes le jour du retour de l’ancien président. Par le passé, elles avaient fait preuve de magnanimité en élargissant son épouse, l’ex-première dame, Simone Gbagbo, et plusieurs collaborateurs du président lui-même. Il y en a beaucoup d’autres Ivoiriens, pro-Gbagbo ou pro-Ouattara, qui voudraient voir leur pays s’engager sur la voie d’une détente durable. A leurs dirigeants de la leur offrir. Même s’ils ne sont pas prêts d’abandonner la lutte pour le pouvoir politique, il est préférable que l’investissement sur ce terrain n’ait pas pour assaisonnements les vies de leurs concitoyens.    

Gankama N'Siah

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