Afrique-Russie : Sergueï Lavrov lance la contre-offensive pour le contrôle des ressources et des alliances

Dimanche 12 Juillet 2026 - 23:37

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De l'Éthiopie au Sahel, le Kremlin déploie une stratégie mêlant nucléaire, défense, minerais et diplomatie économique pour concurrencer l'Occident, la Chine et les puissances du Golfe sur le continent.

La nouvelle tournée africaine du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, confirme une mutation profonde de la stratégie de Moscou sur le continent. Derrière les rencontres officielles à Addis-Abeba puis à Niamey se dessine une ambition beaucoup plus vaste : transformer l'influence militaire acquise ces dernières années en une présence économique, industrielle, énergétique et diplomatique durable. Cette évolution répond à un impératif stratégique. Si les sociétés militaires russes ont permis à Moscou de renforcer rapidement sa présence au Sahel, cette influence demeure fragile sans relais économiques. Les coulisses diplomatiques révèlent ainsi que le Kremlin souhaite désormais sécuriser des partenariats de long terme, capables de résister aux alternances politiques africaines. L'Éthiopie constitue la première pièce de cette nouvelle architecture. La feuille de route signée autour de la construction d'une centrale nucléaire civile dépasse largement la coopération énergétique. Pour Moscou, il s'agit d'introduire Rosatom au cœur de l'une des économies les plus dynamiques du continent. Le nucléaire engage un partenariat sur plusieurs décennies : formation des ingénieurs, maintenance, approvisionnement en combustible, assistance technique et financement. Autant de leviers qui créent une dépendance stratégique durable.

Pour Addis-Abeba, confrontée à une explosion de ses besoins énergétiques, cette diversification réduit la vulnérabilité d'un modèle largement fondé sur l'hydroélectricité, fragilisée par les sécheresses et les tensions persistantes autour du Grand barrage de la renaissance. En arrière-plan, Moscou renforce également sa présence dans une région où s'affrontent déjà les intérêts des États-Unis, de la Chine, de la Turquie, des Émirats arabes unis et des puissances européennes. La coopération militaire complète ce dispositif. Modernisation des équipements, formation des forces armées et soutien au projet de renaissance d'une marine éthiopienne illustrent la volonté russe d'accompagner les ambitions régionales d'Addis-Abeba, notamment sa quête d'un accès à la mer Rouge. Cette zone demeure l'un des principaux corridors du commerce mondial, où transitent une part essentielle des flux énergétiques internationaux. La seconde étape de Lavrov, au Niger, traduit une autre priorité du Kremlin : consolider son ancrage auprès de l'Alliancedes États du Sahel (AES). Au-delà de la coopération sécuritaire, Moscou entend désormais accompagner les projets miniers, énergétiques, agricoles et infrastructurels du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Les coulisses de cette offensive montrent également que la Russie cherche à profiter du recul de l'influence française et des hésitations occidentales pour occuper durablement les espaces laissés vacants. L'AES apparaît progressivement comme un laboratoire de cette nouvelle diplomatie russe, fondée sur une coopération présentée comme respectueuse de la souveraineté des États. Cette stratégie s'inscrit dans une compétition mondiale de plus en plus intense. Chine, Union européenne, États-Unis, Turquie, Inde et pays du Golfe multiplient les investissements afin de sécuriser l'accès aux minerais critiques, aux terres rares, aux ressources énergétiques et aux grands corridors logistiques africains. Pour Moscou, l'Afrique est désormais un levier majeur de sa stratégie multipolaire. L'objectif n'est plus seulement de vendre des armes ou de nouer des alliances sécuritaires, mais de bâtir un réseau d'interdépendances économiques capable de renforcer son poids diplomatique face à l'Occident. La tournée de Sergueï Lavrov illustre ainsi une nouvelle phase de la compétition géopolitique mondiale, où l'Afrique s'impose plus que jamais comme l'un des principaux théâtres de la rivalité entre les grandes puissances.

 

Noël Ndong

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