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Blinken, Lavrov, l'Afrique et les deux Congo

Dimanche 14 Août 2022 - 17:40

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En l'espace de quelques jours, deux semaines pour être précis, la diplomatie internationale, dans ce qu'elle a de plus emblématique en termes de poids des acteurs en vue, a jeté son dévolu sur l'Afrique. En témoignent les visites successives de Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie fin juillet, et d’Antony Blinken, le Secrétaire d'Etat américain début août. L’un était au Congo-Brazzaville, l’autre au Congo-Kinshasa.

Lavrov et Blinken conceptualisent d’une certaine manière l’idée du bien ou du mal telle qu’elle se structure autour des valeurs que revendiquent ou incarnent l’une et l’autre des puissances qu’ils représentent à l’international au-delà de leur modeste personne. Car tout compte fait, les deux hauts diplomates sont les fonctionnaires de leurs Etats, astreints à toutes sortes d’obligations, mais avant tout des chefs de famille, chacun songeant peut-être souvent, entre deux avions, à ce que la sienne se porte toujours mieux afin qu’ils accomplissent leur délicate mission de la meilleure façon qui soit.

Laissons de côté les autres étapes de leurs périples pour des raisons évidentes et penchons-nous sur celles concernant les deux Congo. En essayant d'en tirer de possibles enseignements. Il est clair que la Fédération de Russie et les États-Unis d'Amérique sont brouillés au plus haut point depuis le déclenchement par Moscou de son « opération militaire spéciale » en Ukraine considérée du côté de Washington ni plus ni moins comme une guerre d’invasion injustifiée contre un Etat souverain. Laissons aussi de côté des faits d’histoire susceptibles de renvoyer dos-à-dos les grandes puissances lorsqu’elles agissent en fonction de leurs intérêts du moment.

Quand il est passé au Congo-Brazzaville pour s’entretenir avec le président Denis Sassou N’Guesso, le 25 juillet, à Oyo, dans le Nord du pays, Sergueï Lavrov avait a mis l’accent sur le raffermissement des liens entre son pays et le Congo et annoncé des initiatives nouvelles dans les domaines de l’économie, des investissements, de la formation et de la santé. Au cours d’un échange avec la presse en compagnie de son homologue congolais, Jean-Claude Gakosso, le chef de la diplomatie russe est longuement revenu sur la crise en Ukraine, justifiant naturellement la position de Moscou. Lavrov a par-dessus tout acté le fait que Brazzaville réitère sa neutralité dans ce conflit.

A Kinshasa où il a été reçu par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, le 9 août, Antony Blinken a de son côté évoqué la consolidation de l’axe Kinshasa-Washington, la situation précaire à l’est de ce pays ainsi que les relations difficiles avec le voisin rwandais. Il s’est aussi exprimé devant la presse aux côtés de son homologue Christophe Lutundula Apala, vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères de la RDC. Au cours de son exposé, le chef de la diplomatie américaine a rarement fait allusion à la crise ukrainienne sur laquelle, de toute évidence, la position de son pays est connue. A la vérité, la presse kinoise souhaitait surtout entendre le secrétaire d’Etat américain sur la crise de l’Est. Elle en est sortie rassurée, pourrait-on dire, puisque ce dernier tout en déclarant soutenir les initiatives de paix en cours dans cette crise s’est élevé contre tout soutien de partie quelconque aux mouvements rebelles actifs sur le territoire de ce pays.

Kinshasa et Brazzaville peuvent-elles profiter de ce regard appétissant que leur adressent Washington et Moscou dans le moment présent ? Assurément oui, et cela non pas sur la guerre en Ukraine (elle finira un jour par rendre son « verdict »), mais sur des sujets nationaux et régionaux dont la sensibilité transcontinentale est considérable. Dans tous les cas, Sergueï Lavrov tout comme Antony Blinken avec qui le président Denis Sassou N’Guesso s’est entretenu au téléphone le 10 juillet ont tour à tour parlé du conflit libyen, de la stabilité en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs ainsi que des pourparlers de paix impliquant les deux capitales congolaises.

L’Américain et le Russe ont surtout aussi rappelé la place du Bassin du Congo dans la survie de l’humanité. C’est un dossier important au même titre que les sujets rappelés plus haut sur lesquels, s’ils le veulent bien, les gouvernements de Kinshasa et de Brazzaville, en mutualisant leurs efforts et dans une dynamique d’intégration assumée, pourraient bâtir au cœur de l’Afrique, avec d’autres pays voisins, un excellent laboratoire de convergence pour le développement. Ils savent leur région d’ancrage gorgée de richesses, d’intelligences et promise à un bel avenir. Matérialiser un tel challenge suppose d’œuvrer à ce que les échanges entre les deux capitales se multiplient encore davantage.

Gankama N'Siah

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