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L'artiste avait raison

Samedi 12 Mars 2022 - 15:59

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« Un vétéran des conflits armés en colère ? ». Et pour cause ! Ses exploits sur le champ de bataille ont beau le distinguer, l’enseignement qu’il en tire est resté le même : la guerre, ce n’est pas bon ! Qu’elle relève d’un conflit interne à un Etat- guerre civile-, oppose deux nations ou la terre entière et s’appelle « guerre mondiale », la conclusion du doyen est invariable : la guerre est un mauvais projet ! C’est à peu près le fond du message que véhicule « Ancien combattant », la célèbre chanson de l’artiste musicien congolais, Casimir Zoba dit Zao.

A tout prendre, le conflit russo-ukrainien qui entre dans sa troisième semaine, avec les drames que l’on voit, est aussi déroutant en termes de pronostics que l’a été la pandémie de covid-19 les deux dernières années. Combien à propos de cette crise sanitaire des spécialistes aguerris ou improvisés n’ont pas devisé sur ses origines, ses conséquences, voire ses bénéfices sur les sociétés humaines ? Avant de se rendre compte ensuite qu’ils s’étaient pour certains d’entre eux lourdement trompés. Par omission, par précipitation ou par pure prétention, beaucoup de ceux qui mettaient en avant leurs connaissances scientifiques ou la perspicacité de leurs observations ont déchanté. La nature les a mystifiés.

Depuis trois semaines donc, sur les chaînes de télévision, dans la presse, dans les réseaux sociaux, s’enchaînent analyses et commentaires de tous genres sur la guerre en Ukraine. Experts militaires possiblement rompus à l’art de la guerre, hauts fonctionnaires émérites assis sur leur expérience, journalistes chevronnés font entendre leurs voix, les uns avec retenue, les autres convaincus de leur fait montrent de l’excitation. S’y ajoutent les images violentes des bombardements, les déplacés, les défis lancés aux uns et aux autres par les belligérants, le baril d’huile mis sur le feu par ceux et celles pour qui les guerres méritent d’être entretenues par le biais de la polémique.

Sans être exposés au feu qui brûle là-bas sur le champ de bataille, certains croient dire combien de temps cette guerre devait durer. Ils s’impatientent qu’elle soit gagnée ou perdue selon le hublot par lequel ils l’observent car ils ont envie de passer vite à autre chose, par exemple à la reconstruction des villes détruites, voire l’affaiblissement de celui qui a pris l’initiative de la campagne militaire. Des deux côtés du front, les deux chefs d’Etat qui se sont naturellement mués en chefs de guerre jouent bien le jeu de la belligérance et de la communication. En tee-shirt, le président ukrainien passe dans une rue de Kiev le bras levé ; costume cravate et balle au pied, le président russe s’affectionne de football quelque part dans les pièces feutrées du Kremlin.

A la vérité, cette guerre russo-ukrainienne pourrait ne faire l’affaire de personne. Les deux peuples frères qui se tirent dessus vont creuser davantage le fossé qui les sépare et pour longtemps, peut-être même pour toujours. Depuis huit ans déjà, ils s’étaient mis à l’agrandir passionnément. Leurs voisins du Vieux continent, attachés à leurs propres intérêts, les ont vus s’entredéchirer sans leur imposer de trouver un terrain d’entente. On a l’impression, après le déclenchement de la guerre, qu’ils font tout pour que les rancœurs soient encore plus tenaces, la vérité étant que le discours entendu sur la liberté et la démocratie a tendance à dire qu’il y a des peuples et des nations chez qui ces valeurs sont mieux partagées que chez d’autres.

«Prenons du recul» …, cela a été écrit noir sur blanc dans nos colonnes, il y a quelques jours : « Ce qui se passe actuellement en Ukraine n’est en réalité que la réédition d’une dérive globale du continent dont les conséquences dramatiques se sont aggravées au fil du temps » *. Nous sommes sûrs et certains qu’une telle prise de position ne plaît pas à tous. Elle est peut-être le cri du cœur d’un observateur averti qui appelle l’Europe à renaître de ses cendres et prendre le leadership de la paix mondiale. En condamner les termes ne change rien à la profondeur de cette supplication. 

L’Europe est, en effet, ce continent qui de longs siècles en arrière a eu l’ambition de répandre sa civilisation dans le monde entier. Avec les grands défauts qui l’ont caractérisée quand on pense à l’esclavage, la traite négrière, la colonisation ; avec aussi des bénéficies, quand on songe aux langues qu’elle a partagées, porteuses de dialogue bien sûr, et qui sont devenues celles des nations colonisées d’hier. La naissance de nouvelles puissances au sortir de la Seconde Guerre mondiale qui fut enclenchée par elle l’a fait vaciller et profondément traumatisée, cela va sans dire. Mais pourquoi l’Europe ne rebondit-elle pas sur les erreurs de ces puissances pour proposer autre chose à l’humanité que la confrontation sans fin ? N’a-t-elle donc toujours pas fini de payer sa dette à l’égard de l’une d’elle, l’Amérique en l’occurrence ?

Europe, sache que ta part de responsabilité dans les déséquilibres que vit notre monde est indéniable car celle que tu dois prendre pour le sauver est considérable. Le recours systématique à la guerre sous toutes ses formes est un tort.

*Jean-Paul Pigasse, «Prenons du recul » …, Réflexion, « Les Dépêches de Brazzaville », n°4203-lundi, 7 mars 2022, p.16. 

 

Gankama N'Siah

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