Lubumbashi : Dorine Mokha tire sa révérence

Jeudi 14 Janvier 2021 - 16:15

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Le danseur-chorégraphe lushois, qui s’est éteint à la fleur de l’âge, le 8 janvier 2021, envisageait de lancer le projet Testament, une série d’activités artistiques à réaliser lors d’une tournée prévue entre janvier et février dans l’Est de la  République démocratique du Congo (RDC).

Dorine Mokha, danseur-chorégraphe, écrivain et codirecteur artistique de ART’gument Project (DR)Le projet Testament est inspiré de la dernière création de Dorine Mokha. Il s’agit de la troisième et dernière partie de sa trilogie autobiographique Voyage « Entre deux », un solo développé au fur et à mesure de 2013 à 2020. La première de la création Entre deux : Testament date d’une année. Le chorégraphe l’avait présenté le 15 janvier 2020 à Bale, en Suisse, à la Kaserne Basel. Cette année, il avait en vue une programmation avec comme destination, la capitale de la Zambie. Patrick Mudekereza, directeur du Centre d’art Waza a confié à ce propos  au Courrier de Kinshasa   : « Il  devait faire une tournée de la pièce Entre deux III : Testament à Lusaka. Elle fait partie d’un projet sur lequel il travaille depuis plusieurs années. Il y évoque les choix opérés dans sa vie pour assumer son orientation sexuelle. Une vidéo récente a été réalisée sur ce projet ». Soulignons que le Centre d’art Waza fait partie des coproducteurs de cette réalisation.

À partir du 10 novembre 2020, en effet, le chorégraphe publiait progressivement en ligne des vidéos de ses Voyages « Entre deux » déclinés en quatre épisodes distincts diffusés par le musée espagnol Thyssen-Bornemisza Art Contemporary de Madrid. Le 14 novembre, sur son compte Facebook Les Voyages « Entre deux » de Dorine Mokha, il postait Entre deux III : Testament, expliquant que c’était le troisième épisode de Voyage Entre Deux. Le post s’accompagnait du suivant commentaire : «  À travers le mouvement, la parole et la musique, le chapitre 3 parle de la souffrance et de la dépression du passé de Dorine Mokha, jusqu’à l’acceptation de sa propre identité, et sa lutte contre l’homophobie dans une société congolaise qui continue à utiliser ses croyances ancestrales et la moralité biblique pour nier la liberté sexuelle et celle du genre ».

Par ailleurs, en parallèle, Dorine venait de réaliser sa dernière résidence soutenue par the digital earth à Picha Art à Lubumbashi du 14 au 18 décembre. Il était au taquet, s’il faut s’en tenir à son post sur Facebook où, en photo avec l’artiste Jean Katambayi, il se tenait au volant (d’une voiture réalisée en barre de fers) le 16 décembre « dans la Tesla made in Congo, prêté à l’une de ses futures créations  », commentait-il. Il avait alors spécifié que la résidence entrait « dans le cadre de son projet (Dis)charged / (Dé)chargé (WIP), associé au projet de recherche artistique #On_Trade_Off (OTO) ». Dorine annonçant le projet Testament inspiré de Voyage « Entre deux » : Testament (DR)

Dorine a créé une dynamique

Nous tenons de Patrick Mudekereza que le chorégraphe plein d’entrain quelques jours plus tôt s’était trouvé mal en point lors d’une séance de travail au Centre d’art Waza, le 23 décembre 2020. Le directeur de l’espace culturel soutient que pris d’un malaise, Dorine avait alors demandé à être reconduit chez lui n’étant pas en mesure de prendre le volant lui-même. Et que le 6 janvier 2021, inquiet, le directeur du Centre d’art Waza est allé s’enquérir de son état de santé en famille, mais n’a pas eu l’occasion de voir le malade alité en personne. Il succombera, hélas, deux jours après la visite manquée, soit le 8 janvier. Le danseur a été emporté par la Grande Faucheuse au moment où « il était sollicité partout, sa carrière était bien lancée », nous a affirmé Patrick Mudekereza en peine. Et de poursuivre : « Nous savions qu’il ne se portait pas bien mais nul ne pensait qu’il allait mourir ! C’est un choc, sa mort nous a pris de court. Tout le monde attendait quelque chose de Dorine en ce moment ». Proche du disparu dont il avait présenté plusieurs activités publiques, il nous a confié : « Ce dont je me rends compte personnellement, j’ai d’abord perdu un ami. Et, parmi les artistes avec lesquels j’ai travaillé, il était le plus programmé à cause de la qualité de son travail et de la manière dont il pouvait s’adapter à tout lieu. Sa capacité d’utilisation de l’espace était sans commune mesure avec celle des autres artistes avec lesquels j’ai eu à travailler ». Néanmoins, se console-t-il : « Dorine a créé une dynamique autour de lui, sa pratique artistique car il ne travaillait jamais seul, mais toujours en équipe. J’espère que son œuvre va perdurer ». L’épisode quatre de Voyage « Entre Deux » montre justement l’illustre défunt dans un atelier organisé autour de « dix-neuf artistes pendant quatre jours sur une réflexion d’ensemble portant sur les thématiques explorées dans Entre deux », comme il l’explique –lui-même dans la vidéo.

Dorine et l’artiste Jean Katambayi lors de sa résidence en décembre (DR)Décédé à l'âge de 31 ans, Dorine avait fêté son anniversaire le 19 novembre 2020 en distribuant des vivres à l’occasion d’une tournée caritative à destination des démunis, notamment d’un hospice de vieillards à Kamalondo et de l’école gratuite pour filles Malaïka à Kalebuka. Associé aux Studios Kabako de Faustin Linyekula, danseur-chorégraphe et écrivain, il était codirecteur artistique de ART’gument Project. Licencié en Droit économique et social à l’université de Kisangani, plutôt que de devenir avocat, Dorine avait opté pour la voie artistique. L’autodidacte qui s’est formé aux arts de la scène, à la faveur de plusieurs stages en danse aux Studios Kabako, s’est perfectionné sous la direction d’artistes internationaux reconnus à l’instar de Faustin Linyekula. Reclus (2011), Entre deux... (2013), Entre deux II : Lettre à Guz (2015) et Entre deux III : Testament sont ses principales créations en douze ans de carrière professionnelle. Son travail reconnu de qualité lui a valu des récompenses au niveau international. Dorine a été Lauréat Danse l’Afrique Danse 2014-2016 prix octroyé par l’Institut Français et la fondation Total (France), Lauréat Boursier Africa in Solitude 2014-2015 organisé par l’Akademie Scholss Solitude (Allemagne) et troisième prix du Festival Kidogo kidogo Films 2014 der DL Multimédia (Lubumbashi).

Nioni Masela

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Dorine Mokha, danseur-chorégraphe, écrivain et codirecteur artistique de ART’gument Project (DR) Photo 2 : Dorine annonçant le projet Testament inspiré de Voyage « Entre deux » : Testament (DR) Photo 3 : Dorine et l’artiste Jean Katambayi lors de sa résidence en décembre (DR)

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