Lutte contre les violences sexuelles : Philomène Eala : «À Kinshasa, on viole au moins chaque jour deux femmes ou deux petites filles »

Mardi 10 Décembre 2013 - 14:42

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Il ya quelques années, les violences sexuelles étaient l’apanage des  provinces de l’Est à cause de la guerre. Aujourd’hui, ces violences se vivent dans toutes les provinces de la RDC et même à Kinshasa. Quelles en sont les causes, quel est le rôle de la communauté dans cette engagée lutte contre ces violences? La coordinatrice provinciale de la synergie contre les violences sexuelles basées sur le genre, Philomène Eale, en parle dans cette interview.

Dépêches de Brazzaville : Comment se présente la situation des violences sexuelles à Kinshasa?

Philomène Eale: La situation des violences sexuelles à Kinshasa est au comble. Chaque jour et dans toutes les communes, on viole au moins deux femmes ou deux petites filles, ce sont-là les statistiques les plus basses à Kinshasa.

Comment expliquez-vous l’ampleur de ce phénomène à Kinshasa ?

 La violence sexuelle à Kinshasa est domestique. Ses caractéristiques sont notamment l’inceste dû souvent à la promiscuité, à la barbarie des fumeurs de chanvre et autres stupéfiants. À cela s’ajoute, la situation sociale sans oublier le phénomène Kuluna tant décrié par les Congolais. Il faudra aussi savoir que les violences sexuelles à Kinshasa se retrouvent aussi en milieu scolaire, à l’église, les violences se vivent entre voisins, bailleurs et locataires.

Pourquoi les victimes des violences sexuelles ne dénoncent-elles pas?

La dénonciation est effective avec toutes les sensibilisations, les survivantes et survivants ont appris à dénoncer, la population ne se tait plus parce qu’elle a compris que ce fléau est une affaire de tout le monde. La population sort de la clandestinité. Cependant, il y a certaines familles qui préfèrent se taire et passent aux arrangements pour éviter de salir la réputation de leur enfant. Il faut toujours dénoncer et il y a une grande amélioration.

Quelles sont les activités menées pour réduire l’ampleur des violences sexuelles à Kinshasa?

Nous faisons souvent la prévention qui se situe au niveau du plaidoyer et de la mobilisation sociale pour le changement de comportement. Nous assurons aussi la prise en charge des survivantes. Cette prise en charge prend en compte quatre volets à savoir la prise en charge médico-sanitaire, l’accompagnement juridique et judiciaire, le volet psycho-social et, enfin, la réinsertion économique qui n’est pas encore d’application parce que nous n’avons pas assez de moyen pour le faire.

Quel doit être le rôle de la communauté dans la lutte contre la stigmatisation des victimes des violences sexuelles?

Le rôle de la société doit être celui d’encadrement, d’acceptation des personnes survivantes des violences sexuelles parce que la société devra éviter de pointer du doigt ceux ou celles qui sont tombés dans le malheur d’être violés. Notre rôle à tous est de porter une attention soutenue en direction de toutes ces personnes et les accompagner dans la recherche des solutions médico-sanitaires, juridiques et judiciaires et voir comment ensemble nous pouvons les aider à le réinsérer sur le plan social.

Aline Nzuzi