Théâtre : trois jours de spectacle pour divertir, dénoncer et éveiller les consciences

Samedi 28 Mars 2026 - 15:35

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À l’occasion de la Journée internationale du théâtre célébrée chaque 27 mars, la Maison russe de Brazzaville s’est transformée, du 25 au 27 mars, en véritable scène vivante. Pendant trois jours, comédiens, amoureux des planches et curieux ont vibré au rythme des œuvres de l’écrivain congolais Henri Djombo, invité d’honneur de cette célébration culturelle.

 

Coorganisé par la Maison russe, le Théâtre de l’environnement et le Théâtre des 7 collines de Yaoundé, l’événement a réuni un public diversifié : autorités politiques, diplomates, artistes, étudiants et passionnés de théâtre. Parmi eux, la ministre de l’Industrie culturelle, Lydie Pongault, ainsi que les ambassadeurs de Cuba et du Venezuela, venus saluer la vitalité de la scène artistique congolaise.

Le premier jour, le ton a été donné avec « Le cri de la forêt ». La pièce transporte le public à Mbala, un village fictif rongé par la déforestation. Le chef Kamona, autoritaire et cupide, y encourage l’exploitation anarchique du bois. Sur scène, les conséquences sont sans appel : érosion, sécheresse, famine. À travers cette œuvre, Henri Djombo interpelle sur l’urgence de protéger les forêts et invite à un usage responsable des ressources naturelles. Une pédagogie engagée qui résonne avec les défis environnementaux actuels.

Le lendemain, changement de décor mais pas de combat. Avec Madame la DG, la troupe du Théâtre de l’environnement plonge dans les rouages d’une entreprise publique gangrenée par la corruption et l’incompétence. Au centre de l’intrigue, une directrice générale intègre, déterminée à rétablir l’ordre dans la « Compagnie nationale des chaussures ».

Malgré l’absence imprévue d’un acteur principal, la troupe a su s’adapter et maintenir le cap. « Il fallait faire du théâtre, ne pas décevoir le public », confie le metteur en scène, Osée Colins Kouagné. « Quand on veut le changement, il faut être prêt à se battre, parfois même à tout donner », ajoute-t-il, saluant le courage des personnages comme des comédiens. Sur scène, Sarah Dissinda a incarné avec force cette femme de principes. « Ce personnage porte des valeurs que je partage. Le public nous a portés, et cela rend chaque représentation unique », témoigne-t-elle, émue par l’accueil chaleureux de la salle.

Dans le public, l’honorable Féréol Gassackys se dit interpellé : « Ce n’est pas seulement une pièce, c’est un miroir de notre société. Elle nous invite à nous remettre en question et à choisir entre construire ou détruire ».

La dernière journée s’ouvre sur une note à la fois légère et mordante avec « Palabre électorale au Kinango». Dans un décor de campagne législative, les candidats rivalisent de promesses et de slogans dans une émission télévisée. Entre humour et satire, la pièce dénonce les dérives d’une démocratie fragilisée. Pour Alain Abanda, qui signe la mise en scène, le choix de cette œuvre est évident. « Elle reflète des réalités que nous vivons en Afrique. Le public s’est reconnu, et ses réactions nous ont guidés tout au long de la représentation », a-t-il déclaré.

À la clôture, la directrice de la Maison russe, Maria Fakhrutdinova, salue « une jeunesse nombreuse et engagée » et rappelle que cette célébration coïncide avec les 250 ans du prestigieux théâtre Bolchoï en Russie. « Chaque représentation permet de redécouvrir ces œuvres, toujours actuelles et universelles », se réjouit-elle, au terme des trois jours de spectacle.

Prenant la parole, Henri Djombo insiste sur le rôle fondamental de la culture. « C’est par elle que nous formons les hommes de demain », dit-il. Entre environnement, gouvernance et démocratie, ses pièces auront, en trois jours, dressé un portrait sans complaisance mais porteur d’espoir des sociétés africaines. A cet effet, l’auteur a souhaité que les écoles, les universités et les institutions s’approprient davantage le théâtre afin d’animer régulièrement la vie culturelle avec des spectacles de qualité. « Il est essentiel de valoriser et d’exploiter ce potentiel pour faire briller la culture congolaise au bénéfice de tous », conclut-il.

Merveille Jessica Atipo

Légendes et crédits photo : 

1- Les comédiens sur les planches lors de la 2e et troisième journée /Adiac 2- Une vue des officiels et des autres spectateurs /Adiac 3- Une photo collage de l’écrivain à l’honneur lors de son mot ainsi que de la directrice de la Maison russe posant avec les comédiens /Adiac

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