Restitution historique : Paris remet à Madagascar les crânes de dignitaires sakalavaJeudi 28 Août 2025 - 15:19 Un geste diplomatique et mémoriel qui redéfinit les équilibres postcoloniaux entre la France et l’Afrique. Dans une atmosphère empreinte de solennité, la France a officiellement restitué à Madagascar trois crânes humains datant de l'époque coloniale, cent vingt-huit ans après leur exécution, dont celui attribué au roi sakalava Toera, décapité en 1897 par les troupes françaises. Cette première restitution humaine issue des collections publiques françaises fait suite à la promulgation en 2023 d’une loi autorisant le retour des restes humains à leurs pays d’origine sur demande justifiée. Un rituel sacré au cœur d’une cérémonie diplomatique La ministre de la Culture malgache, Volamiranty Donna Mara, s’est exprimée à Paris, au ministère français de la Culture, devant une assemblée composée de diplomates, historiens, journalistes et membres de la diaspora. « Ce retour est un acte de justice symbolique, un pas vers la réappropriation de notre mémoire », a-t-elle déclaré. Le moment fort de la cérémonie fut le rituel de purification, dirigé par un descendant du roi Toera, vêtu de blanc, qui a aspergé d’eau les trois boîtes funéraires contenant les restes. Une restitution à haute portée géopolitique Ce geste, qualifié par la ministre française Rachida Dati de « cicatrisation sans effacement », s’inscrit dans une stratégie diplomatique de rééquilibrage mémoriel entre la France et ses anciennes colonies. « On ne peut pas demander à des pays d'être plus indépendants tout en occultant une histoire douloureuse de spoliation », a-t-elle déclaré. La reconnaissance implicite des violences coloniales dans son discours marque un tournant dans la diplomatie française en Afrique. Cette restitution intervient dans un contexte de recomposition stratégique des relations franco-africaines. Alors que la France voit son influence contestée sur le continent, notamment par la Russie, la Chine et la Turquie, ce type d’initiative vise à restaurer une confiance fragile. Elle s’aligne également avec une diplomatie culturelle plus active, articulée autour d’une « politique de réparation » non financière. Les enjeux économiques et d’intelligence stratégique Au-delà du symbolique, cette restitution s’inscrit dans une logique d’intelligence économique. La mémoire, les savoirs et les objets culturels sont aujourd’hui des actifs stratégiques dans la diplomatie des puissances. Selon un rapport du Quai d’Orsay de 2024, près de 90 000 objets africains seraient conservés dans les collections publiques françaises. La restitution de restes humains ouvre la voie à d’autres demandes plus complexes, notamment celles concernant les artefacts et objets rituels, au potentiel économique croissant dans les industries muséales et patrimoniales africaines. Madagascar, de son côté, cherche à structurer un soft power culturel autour de son patrimoine. Le retour du crâne du roi Toera, figure historique de la résistance à la colonisation, pourrait nourrir une dynamique nationale de réconciliation, mais aussi soutenir une diplomatie mémorielle régionale dans l’océan Indien. Une mue stratégique de la diplomatie française La restitution du 26 août n’est pas un simple geste de reconnaissance du passé. Elle incarne une relecture stratégique des relations internationales, où la mémoire devient un levier d’influence. Elle s’adresse à la jeunesse africaine, cible clé des partenariats futurs, et s’inscrit dans un repositionnement global de la France, entre devoir moral, gestion des archives historiques et redéfinition de sa présence africaine. « la cicatrisation permet de ne pas oublier, mais de ne pas être dans le ressentiment », a rappelé Rachida Dati, ministre française de la Culture. Pour Volamiranty Donna Mara, ministre malgache de la Culture, « ce retour est un acte de justice mémorielle. Le roi Toera rentre chez lui ». Restituer des restes humains, c’est aussi restituer une part de souveraineté. Ce processus, hautement diplomatique, contribue à désamorcer les tensions mémorielles tout en ouvrant un nouveau front d’influence, non plus par la force, mais par la reconnaissance. Noël Ndong Notification:Non |