Mouvements citoyens en Afrique : quatre leaders invités au Parlement européen

Jeudi 14 Avril 2016 - 18:15

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Le rappeur Smockey du Burkina Faso de « Balai citoyen », le congolais Floribert Anzuluni de « Filimbi », le journaliste sénégalais Aliou Sané de « Y’en a marre » et le tchadien Didier Lalaye alias « Croquemort » de « Iyina » ont également participé à une conférence-débat organisée à l’Université libre de Bruxelles (ULB), en présence des députées européennes: Cécile Kyenge et Marie Arena. 

Le séjour bruxellois de ces quatre jeunes leaders s’inscrivait dans le cadre de la journée de l’Afrique organisé par le groupe des socialistes et démocrates du parlement européen du 5 au 11 avril dernier. La semaine de l’Afrique a été rythmée par une série d’événements politiques et culturels, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Parlement européen. Selon les organisateurs, il s’agissait de célébrer les relations entre l’UE et l’Afrique, et de définir leur future collaboration au travers de discussions et d’une réflexion communes. « Cette semaine reflète notre conviction qu’une alliance stratégique entre l’Afrique et l’Europe revêt une importance cruciale dans cette époque de mondialisation accélérée, où les problèmes sont globaux et nécessitent des solutions globales. Le message clé que nous souhaitons faire passer, c’est que les relations entre l’UE et l’Afrique nécessitent un partenariat plus étroit, fondé sur les principes d’égalité, de dialogue et de confiance, pour une Afrique plus forte, une UE plus forte et un monde meilleur ».

Contexte de création

Au nombre des activités figurait la conférence-débat organisée à l’ULB où les membres de ces mouvements ont notamment rappelé le contexte de création de ces derniers, le travail, moins visible, de conscientisation qu’ils effectuent au sein de la population, ainsi que leur refus d’être récupérés par le système et de se transformer en parti politique. Ces différents mouvements citoyens sont nés à la suite d’un ras-le-bol général engendré par le contexte socio-économique et politique dans les pays où ils ont vu le jour. « Le mouvement est né en janvier 2011 dans un contexte de crise profonde et d’une injustice sociale au Sénégal », a déclaré Aliou Sané. Pour sa part, Floribert Anzuluni a estimé que la création de Filimbi est l’expression du ras-le-bol d’une génération qui ne supporte plus que les décisions politiques  prises agissent négativement sur cette génération. « Nous nous sommes organisés afin de devenir une force pour contraindre ces dirigeants à agir au bénéfice de la population », a-t-il expliqué.

Importance des réseaux sociaux

Des mouvements amplifiés et favorisés notamment par l’émergence des réseaux sociaux et les nouvelles technologies abondamment utilisés par cette génération hyper connectée. Mais alors que certains régimes en Afrique usent désormais de la coupure d’Internet et des télécommunications, Floribert Anzuluni a déclaré que les mouvements « travaillent à des solutions alternatives ». Pour ce qui est de la conscientisation des masses, Aliou Sané a rappelé qu’en mars 2011, « Y’en a marre » a lancé un manifeste, en vue de l’émergence d’un nouveau type de Sénéglais (NTS) appelé à jouer le rôle de sentinelle de la démocratie. Pour sa part, Smockey, a tenu à souligner que les mouvements citoyens en Afrique sont organisés. « Nous nous réunissons assez souvent et nous essayons de mettre en place des actions. Le balai citoyen a mis en place des clubs Cibal (Citoyen balayeur) », a-t-il fait savoir.

Financement et récupération politique

Pour ce qui est du financement, a-t-on appris, les mouvements s’autofinancent mais de temps en temps, ils font appel à des bailleurs externes pour des projets ponctuels et d’envergure. « Mais nous faisons très attention au financement car nous devons savoir d' où provient l’argent et nous devons justifier de ce que l’on en a fait ». Pour Aliou Sané, même si la question du financement est importante, « la jeunesse peut réaliser des choses extraordinaires même sans moyens ». Face à la montée en puissance des mouvements citoyens, des tentatives de récupération ne manquent. Néanmoins, ces derniers ont refusé d’être récupérés par le système. « C’est pour cela qu’on essaye de nous diaboliser et de nous décrédibiliser en indiquant que nous sommes influencés par l’étranger », s’est amusé le rappeur burkinabè.

Les gardiens de la démocratie

Les mouvements citoyens, ont-ils indiqué, ne souhaitent également pas faire de la politique ni être instrumentalisés par les partis. « On se considère comme les gardiens de la démocratie. Rester à l’extérieur nous donne suffisamment de recul et de crédibilité pour entraîner du monde derrière nous et prendre des décisions courageuses. Nous devons susciter l’éveil de la jeunesse afin qu’elle s’implique dans la politique, nous devons travailler au renouvellement de la classe politique. », a déclaré Smockey. Concernant la répression de ces mouvements par les régimes en place, Floribert Anzuluni a fait savoir que le niveau de répression dépend de chaque pays. C’est pourquoi, les techniques et les modes d’action de ces différents mouvements ne sont pas non plus les mêmes selon le régime en place dans le pays. A cet effet, il a rappelé et déploré le cas des jeunes de Filimbi toujours incarcérés aujourd’hui, ainsi que celui de six jeunes de la Lucha récemment condamnés pour avoir pacifiquement manifesté. Notons que les différents mouvements citoyens en Afrique sont réunis au sein du Réseau panafricain des mouvements citoyens.

Patrick Ndungidi

Légendes et crédits photo : 

De gauche à droite le rappeur Smockey de "Balai citoyen", le tchadien Didier Lalaye alias « Croquemort » de Iyina, le congolais Floribert Anzuluni de « Filimbi » et le journaliste sénégalais Aliou Sané de « Y’en a marre ».

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